À Adama

J’ai rencontré Adama il ya une semaine à Dakhla, dans le sud du maroc ou je poursuis une partie de mon stage.

Le Départ

Adama est ivoirien, il a 33 ans, marié et père de deux enfants. Il a grandi a Yopougon, la plus grande commune d’Abidjan, où il était chauffeur de taxi. Vivant dans la misère, Il a tout abandonné pour partir pour l’Europe.

Pour lui, l’Europe pouvait lui offrir ce que la Côte d’Ivoire ne lui a jamais offert. Il a donc quitté Abidjan il y a quelque mois, traversé le Mali, failli se faire tuer deux fois par les terroristes à Gao, dormi dans le désert entre serpents et scorpions, traversé la Mauritanie où il a dû travailler deux semaines dans des conditions horribles pour pouvoir continuer son aventure, et arriver au Maroc.

Le Maroc

L’industrie de la pêche étant la principale activité de Dakhla, il décida de travailler  comme docker, dans les « frigos » où sont congelés les poissons frais afin de les préparer à l’export. Il est payé 100 dirhams (6500 fcfa) par jour, mais peut travailler qu’au maximum 5 jours par semaine. Donc, certains jours il fait des doubles shift, travaillant matin et soir, de 8h a 20h et de 22h a 3h ( 17h ). Ses journées consistent a soulever des dizaines de caisses de 30kilos chacune, charger et décharger encore et encore.

Pourquoi ? Réussir a economiser les 2500€ nécessaires à la traversée.

La traversée

La traversée, il l’a déjà tenté 3 fois, pour moins cher en passant par Nador (vers la frontiere algérienne). Il s’est fait arrêter par la police, a dormi dans la forêt, passé une semaine en prison a manger du pain rassis, s’est fait larguer dans un village du rif sans argent sans papiers sans habits. Plusieurs de ses compagnons de routes sont même devenus fous.

Il est retourné à Dakhla il y a quelques semaines avec une nouvelle vision des choses. Selon lui «l’Europe ce n’est pas forcé».

Continuer à rêver

Il me dis « si j’ai fait tout ça, c’est juste pour que mes enfants ne souffrent pas comme j’ai souffert. »

J’aime beaucoup passer du temps avec Adama car c’est une école à lui seul. C’est une personne qui a profondément souffert dans sa vie et qui se bat constamment pour effacer ces souffrances. Il est convaincu qu’il n’est jamais trop tard pour être ce qu’on veut être dans la vie.

Aujourd’hui, il a décidé de travailler jour et nuit pour mettre suffisamment de côté et repartir en Côte d’Ivoire. Il a abandonné son projet de clandestinité parce que « on ne force pas le destin ».

Des comme lui il y en a par dizaines ici. Des sénégalais, ivoiriens, guinéens et j’en passe. Il habite un appartement de 20 mètres carré qu’il partage avec 13 autres compatriotes qui veulent aussi faire LE voyage.

J’aime beaucoup Adama, car il est un veritable modèle de résilience, de courage et de détermination. Il a des rêves plein la tête, est un grand fan de Cheick Cisse (a qui il a pu parler au telephone d’ailleurs !) et est un bon musulman. Mais combien de braves hommes comme Adama meurent chaque jour dans la Mer à la recherche d’un avenir meilleur ? TROP. Que font nos gouvernements , que faisons nous pour empêcher ces gens de risquer leurs vies pour vivre dans la clandestinité ?

Bref. En attendant Adama et moi passons de beaux moments a discuter sur la corniche en admirant les belles eaux de l’océan Atlantique, ces memes eaux qui emportent avec elles les âmes de millers de Adama depuis des dizaines d’années.

(Photo prise alors qu’il rentrait du travail)

Adnane Haidara

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