Dossier : Ces africains présidents à vie

L’Afrique est un continent qui compte 54 pays. Ces pays sont pour la plupart d’anciennes colonies ayant acquis leurs indépendances dans les années 1960. À l’issue de ces indépendances, grand nombre de ces pays était dirigée par des présidents d’abord désignés et par la suite élus. Une fois à la tête de ces pays, ces présidents instaurèrent le parti unique et muselèrent toute opposition politique.

Aujourd’hui, ces pays se disent démocratiques et pourtant bien d’indicateurs en disent le contraire tant la démocratie est réduite à sa plus simple expression et réglée au bon vouloir du prince.

Dans une histoire récente l’on se souvient des précurseurs de la présidence à vie tels que le président-« empereur » Jean-Bedel Bokassa, le président gabonais Omar Bongo, le président togolais Gnassingbé Eyadema pour ne citer que ceux-là.

Encore aujourd’hui, dans certains pays, les records de longévité à la magistrature suprême passés sont en train d’être atteints voire dépassés malgré la fin du parti unique et l’instauration d’élections censées être libres, démocratiques et transparentes.

Nous avons dénombré 16 pays où les présidents s’imposent grâce à des constitutions maintes fois tripatouillées pour être taillées sur mesure au bénéfice du président en exercice.

1. Guinée équatoriale – Théodore Nguema obiang, 72 ans (34 ans de pouvoir):

Ce garde territorial formé pour être chauffeur de véhicules militaires renversa par coup d’Etat son oncle le président élu Francisco Macias Nguema. Depuis 1979, il s’est maintenu à la tête de ce riche état pétrolier d’Afrique centrale. Vue l’ascension fulgurante de son fils Teodoro Nguema Obiang en tant que 2ème vice-président, tout porte à croire que ce dernier lui succèdera un jour.

2. Angola – José Eduardo dos Santos, 72 ans (34 ans de pouvoir): L’ingénieur en pétrole de formation n’a jamais lâché le pouvoir une fois qu’il succéda au président Agostino Nieto en 1979. José eduardo dos Santos est resté longtemps président sans élections dans un pays en proie à une guerre civile contre l’UNITA de Jonas Savimbi.

L’Angola s’est doté d’une nouvelle constitution supprimant l’élection présidentielle en désignant pour président de la république la tête de liste du parti vainqueur des élections législatives.

3. Cameroun – Paul biya, 81 ans (32 ans de pouvoir): Devenu président suite à la démission du père de l’indépendance camerounaise Ahmadou Ahidjo, « le lion de Mvomeka’a » est un baobab parmi les présidents à vie africains. Paul Biya a pu s’offrir une telle longévité à la tête de son pays en modifiant l’article 6.2 de la constitution camerounaise limitant les mandats présidentiels à 2 exercices. Le Cameroun reste l’un des rares pays d’Afrique dont les mandats présidentiels durent 7 ans. La prochaine élection est donc prévue pour 2018, Paul Biya aura alors 85 ans.

4. Burkina Faso – Blaise Compaoré, 63 ans (29ans de pouvoir): Capitaine de l’armée voltaïque, il est l’auteur du coup d’état qui renversa le pouvoir revolutionnaire de « son meilleur ami » Thomas Sankara le 15 octobre 1987, Blaise Compaoré se fit ensuite élire la 1ère fois en 1991. Il a réussit jusque là à briguer 3 mandats grâce au coup de pouce du conseil constitutionnel qui fit entrer en vigueur l’ amendement constitutionnel de l’année 2000 limitant à 2 le nombre de mandats successifs seulement à partir de l’année 2005. L’élection présidentielle de 2015 constitue un tournant décisif dans la vie démocratique du Burkina Faso. L’actuel président Blaise Compaoré ne pouvant juridiquement plus se représenter. L’on se demande comment le président Blaise Compaoré pourrait résister à la tentation d’un énième mandat quand on connait sa capacité à faire dire aux garants de la constitution ce dont il souhaite. Sera-t-il le mandat de trop?

5. Ouganda – Yoweri Musevini, 70 ans 1986-2014 (28 ans de pouvoir): À la tête de l’armée de résistance nationale, il mena la guérilla qui chassa du pouvoir le président Milton Obote. En 2005, suite à la modification de la constitution supprimant la limitation à 2 exercices des mandats présidentiels, il fut réélu en 2011 pour un énième quinquennat.

6. Zimbabwe – Robert Mugabé,90 ans (27 ans de pouvoir): il n’est plus à présenter, tant le doyen des présidents africains est un personnage ancré dans l’histoire africaine. Sa radicalisation envers les populations blanches tire son origine de ces 10 années d’emprisonnement par le gouvernement blanc de Ian Smith. Actuellement à son 6eme mandat présidentiel, Robert Mugabe déclara « Seul DIEU pouvait lui retirer le pouvoir ».Nulle doute qu’il exercera la fonction de président de la république jusqu’à ce que mort s’en suive.

7. Soudan: Omar El Béchir 1989 – 2014 70 ans (25 ans de pouvoir): Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1989, il est le 1er président africain en exercice à être sous le coup d’un mandat d’arrêt international quoi que inappliqué par ses pairs de l’union africaine et de la ligue arabe.

8. Tchad – Idriss Deby, 62 ans (24 ans de pouvoir): Cet officier-pilote de formation accède au pouvoir en chassant par un coup d’Etat en 1990 son compagnon de rébellion, le président controversé Hissène Habré. Après avoir fait sauter en 2004, le verrou constitutionnel limitant à 2 exercices le nombre de mandats présidentiels, il fut réélu en 2006 puis en 2011.

9. Érythrée – Issayas Afeworki, 68 ans (21 ans de pouvoir): Issayas Afeworki est à la tête d’un pays ayant accédé à l’indépendance tardivement (1993). L’Erythrée demeure l’un des rares pays africains encore régi par un parti unique sans élections. Issayas Afeworki réprime toute contestation politique dans son pays. À ce jour l’Erythrée compte près de 10 000 prisonniers politiques.

10. Gambie – Yahya jammey, 49 ans ( 20 ans de pouvoir): Ancien lieutenant de l’armée gambienne, il accéda au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat le 22 juillet 1994. Il s’est depuis lors maintenu à la tête de l’Etat gambien. la constitution gambienne ne posant aucune restriction limitative des mandats présidentiels, Yahya Jammey à encore de beaux jours à passer à la tête de l’Etat Gambien. À la tête d’un pouvoir à la dérive, la Gambie reste encore l’un des rares pays d’Afrique noire à appliquer la peine de mort.

11. Congo Brazzaville – Denis Sassou Nguesso, 70 ans (17 ans de pouvoir): Cet ancien lieutenant est arrivé au pouvoir après une guerre civile en 1997 opposant sa milice les « cobras » aidée par l’armée angolaise contre le pouvoir légitime de Pascal Lissouba. Avec la constitution de 2002 fixant l’âge limite pour la candidature à la magistrature suprême à 70 ans, le président Sassou Nguesso ne pourra être juridiquement plus éligible lors de la prochaine élection présidentielle de 2016 car il aura 72 ans. Pour l’instant, une modification constitutionnelle n’est pas à l’ordre du jour, mais cela ne saurait tarder.

12. Djibouti – Ismael Omar Guelleh, 67 ans (15 ans de pouvoir): À la tête de l’Etat djiboutien, il a réussi à briguer un 3ème mandat présidentielle grâce à une réforme constitutionnelle lui ayant permis de se faire réélire.

13. Algérie – Abdelaziz Bouteflika, 77 ans (14 ans de pouvoir): Un des rares présidents africains à avoir conquis initialement le pouvoir par les urnes avant de s’y maintenir. Abdelaziz Bouteflika a réussi à briguer un 3ème mandat en modifiant l’article 74 de la constitution algérienne limitant à 2 exercices le nombre de mandats successifs du président de la république. Il a été désigné par son parti, le FLN pour briguer un 4ème mandat malgré sa santé extrêmement fragilisée par un AVC (Accident Vasculaire Cardiaque).

La relève assurée par les héritiers :

1. RDC – Joseph Kabila, 43 ans (12 ans de pouvoir): À la suite de l’assassinat de son père le président Joseph-Désiré Kabila en 2001, c’est à lui que revint la lourde tâche d’assurer la présidence par intérim de la république démocratique du Congo. Il a alors tout juste 30 ans. 5 ans plus tard, il sera élu lors de l’élection présidentielle de 2006 puis réélu en 2011.

2. Togo – Faure Gnassingbé Eyadéma, 48 ans (10 ans de pouvoir): On le surnomme « Bébé Gnass ». Il est le fils du défunt président Gnassingbé Eyadema qui régna sur le Togo pendant 37 années. Faure Gnassingbé s’empara du pouvoir par un coup d’Etat constitutionnel au décès de son père en 2005 avec la complicité de l’armée togolaise. Cette prise du pouvoir à été effectuée au détriment du président de l’assemblée nationale qui devait normalement assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir. Élu en 2005 lors d’une élection présidentielle, il sera réélu en 2010. Son 2ème mandat arrivant à terme en 2015, il sera vraisemblablement candidat à sa propre succession. La constitution togolaise ne l’y empêchant pas.

3. Gabon – Ali Bongo, 55 ans (5 ans de pouvoir): Après 41 années de règne sans partage de son défunt père le président El Hadj Omar Bongo, Ali bongo, le fils aîné « dauphin naturel », accède à la magistrature suprême à l’issue de l’élection présidentielle d’août 2009 pour un mandat de 5 ans. Il lui reste encore officiellement un second mandat potentiel.

Avec une telle longévité au pouvoir à faire palir de jalousie nimporte quel président de la république, l’Afrique a encore un long chemin devant elle avant que la démocratie et son lot d’alternance démocratique soient véritablement une réalité partagée par tous.

Django Percy
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