Repats’ Series #1 – Yasmine Fofana: Une Young African Leader

Elles sont diplômées des universités occidentales, ont des opportunités d’emploi dans les plus grandes capitales, mais c’est dans leurs pays natales qu’elles décident de déposer leurs valises. Fini le rêve européen ou américain, le “african dream” attire de plus en plus de jeunes attirés par les économies florissantes et la douceur des villes africaines. D’Abidjan, à Cotonou, en passant par Dakar et Nouakchott, les portraits que nous partagerons retracent la trajectoire des repats (diminutif de repatrier, par opposition à expatriés).

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C’est dans un créneau horaire bien serré, entre un rendez-vous d’affaire et un workshop sur le women empowerment, que nous avons une discussion avec l’affable Yasmine. Cette jeune femme hyper-active de 30 ans, nous transporte du Maryland à Abidjan, à travers ses réflexions, ses projets, son parcours inspirant et ses rêves pour le continent dans une rythmique de rires. 

Née à Abidjan, d’une maman originaire de la Guinée et d’un père sénégalo-malien, Yasmine est une ouest-africaine dans l’âme et une ivoirienne fière de l’être. Cette pluralité identitaire devait inévitablement annoncé une vie vécut par delà les frontières, un parcours d’aventurière.

D’abord, Yasmine fait partie de cette génération d’ivoirien.ne.s dont la scolarité a été perturbée par les crises socio-politiques successives, les déracinant d’une année à l’autre d’une ville à l’autre. Pour Yasmine, le déplacement s’effectue du lycée Jean Mermoz d’Abidjan vers celui de Dakar, où elle obtient son baccalauréat. Le diplôme et un aller simple vers les États-Unis en poche, elle part, destination Rockville dans le Maryland.

C’est dans l’état de Pennsylvanie, que Yasmine obtiendra ses deux diplômes après un semestre dans le New Jersey.

Après l’obtention de ses diplômes c’est timidement que Yasmina trace son chemin vers l’entreprenariat. Elle s’attèle d’abord à poursuivre une carrière conventionnelle et à acquérir de belles expériences dans le milieu des affaires. En 2009, après avoir bénéficié pendant un an du Optional Practical Training (OPT) [ année accordée aux étudiants internationaux pour mettre en pratique leurs diplômes ], Yasmine doit faire un choix. Rentrer au pays ou rester aux US, telle est la question. Au sujet de cette situation incommodante, mais à laquelle font face nombre d’étudiants africains aux États-Unis, Yasmine soutien : 

“Il fallait soit rentrer en Côte d’Ivoire, soit se faire sponsoriser par des entreprises dans laquelle je travaillais, soit se marier. Le dernier choix était bien-entendu non envisageable.  Le choix le plus sage était celui de rentrer. C’était difficile dans la mesure où ce n’était pas le 1er choix mais après on se rend compte que Dieu étant Dieu, ce n’est pas forcément le mauvais.”

Des appréhensions, Yasmine en avait beaucoup, à juste titre d’ailleurs. Durant ses six années passées aux États-Unis, elle n’était rentrée pour les vacances que deux fois  à Abidjan. La réalité et les habitudes s’éloignent et sont peu à peu remplacées par de nouvelles. Et pour cause, l’environnement auquel elle s’est accoutumée est productif, performant, rapide, capitaliste, courtois mais sans sentiment. La société n’y existe pas et l’individu est roi. Système et réalité (pas si) bien rôdée, mais bien loin du cycle économique abidjanais de ce temps, où l’économie qui tournait au ralenti, était rongée par les troubles politiques.

Je suis arrivée un samedi. Dans la semaine qui a suivi, j’ai eu la grâce d’obtenir un stage. Une des meilleures amies m’avait informée qu’une agence de communication recherchait quelqu’un de bilingue avec une expérience en relations publique. Le fait d’avoir le boulot automatiquement m’a permis de me remettre dans le bain. Cette première expérience était très stimulante. Au fur et à mesure, une vague de retour à commencée. Plusieurs ami.e.s sont rentrés s’installer à Abidjan. Les challenges et les projets n’en finissent plus. Et les soirées entre repats se multiplient.

Le retour : non pas un choix mais une opportunité

Le retour n’a pas été un choix pour Yasmine. Bien que les circonstances du retour n’étaient pas favorable, la jeune femme a très vite su tirer son épingle du jeu. Ses compétences exceptionnelles en communication, son bilinguisme parfait et sa débrouillardise ont séduit plusieurs compagnies. Après son expérience chez Voodoo Communication, elle se fait débauchée par LG Electronics dont le siège est au Nigéria. Alors, responsable du département Mobile, elle est emmenée à faire des va-et-vient entre Abidjan et Lagos sur une base régulière. 

Pour cette amoureuse des voyages et des découvertes, c’est l’emploi de rêve. Elle s’imprègne du dynamisme de la capitale nigériane, mégalopole qui accote New York ou Londres en terme de foisonnement créatif et novateur.

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Pourtant, malgré cette incroyable expérience pour une jeune femme et à la surprise de tous, famille et amiEs, Yasmine lâche son poste. Sans perspective nouvelle d’emploi, la jeune femme commence un processus de brainstorming. Sept mois; c’est le temps passé sans emploi, pour celle qui ne s’est jamais arrêtée depuis la fin de son diplôme. À cet égard,  Yasmine dit avoir ressenti le besoin de prendre du temps pour elle.

J’avais besoin de mettre mes idées en place par rapport à mes ambitions. J’ai pris du temps pour me poser les bonnes questions. Il y eu l’envie de retourner à l’école, de faire ce master que je n’ai pas pu commencer car il y a un goût d’inachevé. Puis il y avait aussi le désir de trouver chaussure à mon pied, un emploi fidèle à mes expectatives. Le blog est né de cette réflexion. A chaque fois que je cherchais où aller déjeuner ou dîner, c’était un casse-tête pas possible. Du ‘bouche à oreille’ etc. Une fois, j’avais gagné un dîner pour deux dans un restaurant. Et je suis allée Facebook pour obtenir des reviews. Je n’ai rien trouvé. Et je me suis dit, ce ne serait pas mal de créer un blog qui parle des bonnes adresses abidjanaises. Et 4 ans plus tard c’est une aventure exceptionnelle (avril 2012).

Le très réputé Blog : Le Journal d’une Foodie est né de cette ambition de répondre à un véritable besoin. Celui d’accompagner un secteur tertiaire ivoirien dans ses balbutiements. La restauration, petite et grande étant un point central dans l’activité abidjanaise, c’est en proposant des « critiques » gastronomiques de restaurants, en collaborant avec eux pour des événements culinaires que Yasmine ou encore Afrofoodie s’insère dans une niche et devient précurseur en la matière. Tout bonnement, la référence de bonnes adresses pour les abidjanais, les repats et touristes.

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Il y a eu plusieurs facteurs qui m’ont poussé à aller plus loin avec le blog. D’abord le fait d’avoir été précurseur en la matière puisqu’il existait à ce moment très peu de « food blog ». Rapidement j’ai cherché à le rentabiliser, comme ça se fait ailleurs. Mais je ne savais pas comment le rentabiliser en dehors du classique la pub, les articles sponsorisés etc. Je voulais quelque chose à plus grande échelle, avoir un plus grand impact sur la Côte d’Ivoire.  

Ce désir d’apporter sa pierre au rayonnement ivoirien, d’impacter positivement la société et travailler à l’autonomisation des femmes a amené Yasmine à travailler sur un projet d’entreprise sociale. Ce projet soumis et approuvé au programme Mandela Washington Fellowship est une startup qui fait la promotion du tourisme culinaire en Côte d’Ivoire. Une sorte de continuité du Blog le Journal d’une Foodie, mais sous forme d’entreprise.

Delegation Ivoirienne YALI

Ça fait rêver de constater que son projet est reconnu” nous dit la jeune femme ambitieuse.  Les activités de l’entreprise visent le “women empowerment”. En effet, les femmes sont majoritaires dans le secteur informel, travail domestique, travail agricole ou familial, elles sont au centre de la gastronomie ivoirienne. Ce sont elles qui récoltent le manioc et qui produisent l’attiéké, met national par excellence, et qui fait la réputation de la Côte d’Ivoire à l’échelle international.  Il s’agit donc de promouvoir un tourisme culinaire, respectueux du savoir-faire de ces femmes, des cultures locales et rurales desquels ils émergent. L’idée est de développer une économie sociale et solidaire, impactant les communautés concernées.   

Yasmine fait donc partie des YALI 2016 pour la Côte d’ivoire (Young African Leader Initiative) et a passé 6 semaines à Virginia Commonwealth University pour suivre des formations, séminaires et conférences permettant aux jeunes sélectionnés d’acquérir et/ou développer les outils nécessaires pour poursuivre leurs projets.

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En plus d’administrer son blog, Yasmine est actuellement en poste à l’Université Internationale de Grand-Bassam. Elle a été sélectionnée pour un poste qui n’existait pas encore. Ayant postulé au poste de “academic advisor”, c’est finalement un poste de responsable de la communication qui a été ouvert. Progressivement, elle est promue responsable des affaires extérieures.

Le reality check : 7 ans après, le choix de rester

Yasmine a fait un parcours exceptionnel depuis son retour à Abidjan. Grâce à son emploi, elle a eu l’opportunité de repartir à plusieurs reprises aux États-Unis. Au moins une fois par année elle se retrouve dans ce pays avec lequel elle garde un lien privilégié et qui s’est inscrit comme partie de son identité.

Le retour n’était pas vraiment un choix, pour moi, mais le fait de rester ici en est un. Très souvent, quand j’étais en mission, j’avais la nostalgie du pays. Je crois qu’a un certain point on est redevable envers son pays. Je ne regrette absolument pas mon choix. Il m’a permis d’achever plusieurs projets. Ma sélection au programme « Mandela Washington Fellowship » est également une super nouvelle pour ma mère et je suis fière de l’avoir rendue fière

Aujourd’hui, cette jeune battante, brillante et ambitieuse poursuit ses ambitions et ses implications. Malgré son emploi du temps chargé, elle est engagée dans une association nommée SEPHIS, qui œuvre pour la promotion du genre en Côte d’Ivoire aux côtés de la  Présidente de l’Association, Sefora Kodjo.

C’est avec plaisir qu’on encourage et travaille avec Sefora. Elle travaille fort et a une belle vision du pays. L’association organise des conférences dans les universités pour amener les jeunes filles à s’affirmer, en tant que femmes leaders. On est engagé dans la promotion du genre et aussi du leadership féminin. Des panels avec des femmes leaders dans la société pour prêcher par l’exemple et les mettre en contact avec les personnes ressources. Aujourd’hui, l’approche que nous développons est un système de mentorat avec des jeunes filles. On cherche un moyen d’entretenir ces relations en jumelant des jeunes filles à des femmes leaders.

L’Afrique de demain :

On peut encore oser rêver : YES WE CAN !

Avoir 1000 africains sélectionnés, dont 15 ivoiriens, et chacun ayant des projets aussi différents les uns que les autres, c’est inspirant, c’est une capacité créative énorme. On se rend compte qu’on peut faire énormément de chose pour le pays, contribuer de diverses manières au développement du continent. Je suis très optimiste. Après on est conscient des enjeux et défis à relever. On dit souvent “Africa is rising”, c’est vrai mais elle se développe à son rythme. Il reste beaucoup de problématiques à résoudre. Je suis contente que les challenges ne nous arrêtent pas, ne nous limitent pas.

Beaucoup de gens me disent qu’il n’y a pas grands choses à faire avec la gastronomie ivoirienne. Ok, mais je veux mettre mon pays sur la carte, je veux qu’on puisse se dire je suis allé en Côte d’Ivoire j’y ai goûté ceci, explorer cela. Je veux qu’ils découvrent les produits du terroir tout en étant conscient du processus de production, de la chaîne d’acheminement, d’approvisionnement. Il s’agit de lever le voile sur nos richesses.

On a beaucoup de choses à offrir, et on doit continuer à y croire.

 

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