Comme un goût d’indépendance

indépendance

Voici venu le jour de l’indépendance. Chaque année, les uns festoient, préparant mets et boissons locales autour d’amis et familles venus se remémorer les tendres souvenirs d’antan. Les discours du père fondateur Houphouet Boigny sont joués en boucle espacés de gorgées de bissap ou de bandji dépendamment de l’ethnie. L’harmonie des années post-indépendance, Abidjan la futuriste, le havre de paix et la coupe d’Afrique 1992 prennent le pas sur les sombres années d’aujourd’hui. Le 7 août demeure un symbole national et rassembleur, où qu’importe qu’il s’agisse d’une famille du nord ou du sud, musulmane ou chrétienne, les récits nostalgiques et révolutionnaires de parents ayant vécu ce jour en l’an 1960 sont partagés. Événements glorifiés pour mieux appréhender un futur serein et initié les plus jeunes à la fierté patriotique.

Puis, les autres qui trouvent en ce jour l’occasion de remettre les pendules à l’heure et s’insurger contre une souveraineté de façade, confisquée, devant être arraché aux mains de l’ex-puissance-coloniale, toujours maitresse des lieux et de nos destins. Ceux-là s’abstiennent de festoyer, de boire, ils le font à coup nerveux, avalant leur déception de ne pas voir leur pays s’épanouir à pied égal des pays du Grand Nord. Ils se désolent que la Côte d’Ivoire demeure l’arrière-cour de la France, continuant à y puiser ses ressources et à s’immiscer dans les affaires internes, sans égards aux populations. Les années 2000 sont un terreau fertile pour eux, regorgeant d’exemples palpable d’une souveraineté chancelante où le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’auto-détermination ont été bafouillés bien trop de fois, sous le silence accusateur de la communauté internationale et le regard complaisant de nos élus.

Dans tous les cas, C’est certes l’heure d’un bilan pour un pays qui atteint l’âge mur de 56 ans, ayant assez de vécu pour constater les incohérences, les erreurs tout en amorçant une phase nouvelle de prospérité. Depuis la crise post-électorale de 2010, point culminant de la décennie de crise et scellant une parenthèse de violences sans précédent pour le pays, c’est à double vitesse que la Côte d’Ivoire amorce son futur. Une économie galopante, profitant aux plus nanties et une société toujours aux prises de blessures profondes laissées par la crise.

Dans son discours adressé aux citoyens, le chef de l’État Alassane Ouattara a insisté sur trois points. C’est d’entrée de jeu qu’il condamne les actes de désobéissance civile qui prennent place dans les campus universitaires et lors des manifestations contre le prix de l’électricité. Il y a également la question sécuritaire. La délinquance mineure qui est un fléau à Abidjan, où les microbes (terme utilisé pour désigner les jeunes délinquants qui commettent des agressions sur la population) sèment la terreur dans plusieurs quartiers. Ces trois enjeux sociaux démontrent la nécessité de l’ordre et de la discipline perdus durant ces années de crise. Les microbes sont nés et élevés sous fond de tensions sociales, grugés par la précarité économique, le manque de perspective, le décrochage scolaire et les problèmes de drogues. Quant aux campus universitaires, ils ont constitué un bassin fleurissant de violence et de haine durant la décennie de crise. Paradoxale, lorsqu’on sait que l’Université, haut lieu de savoir et de partage est censé être garante des institutions et de l’avenir d’un pays. Mais la jeunesse, lorsqu’elle est laissée pour compte, subissant de plein fouet les batailles politiques, alignant années blanche après années blanche, pourrie de l’intérieur. Le rêve d’un futur glorieux devient un cauchemar les yeux ouvert, dans un environnement où la survie est le mot d’ordre.

La cherté de la vie, le prix de l’électricité sont également le lot des populations. L’obsession du gouvernement pour le développement économique peine à s’accompagner d’une amélioration du bien-être commun. Le pays sort ses meilleurs atouts pour séduire les investisseurs internationaux. Abidjan semble atteinte d’une frénésie de constructions dans laquelle la ville se remodèle selon les standards internationaux. Elle re-devient une destination prisée des expats  et touristes de toute origine, venus profités d’une économie prometteuse et des douceurs de ses plages et de ses mets. Pourtant, le fossé se creuse immanquablement et il est temps d’adresser la question des disparités entre riches et pauvres, urbains et ruraux, scolarisés et analphabètes etc. Il est temps de changer une politique de la survie pour une politique durable qui permet au pays de se réapproprier de ses ressources et d’en faire bénéficier au plus grand nombre. Il est temps de se poser la question : quelle est notre choix de développement économique? Car il ne s’agit pas de copier l’Occident comme l’élève qui recopie l’exercice d’un ami en ignorant chacune de ses erreurs.

Il est temps de se tourner vers l’intérieur et s’interroger sur les moyens que nous avons à nos dispositions pour changer l’avenir du pays, pour améliorer le sort des générations futures. Certes les réflexions sur l’état de notre souveraineté et notre autonomie vis-à-vis de la France reste d’importance, mais ce n’est pas en criant au voleur que nous trouverons des solutions concrètes aux maux de nos sociétés. La jeunesse se tient debout, elle regorge d’initiatives et est prête à relever les défis globaux : la révolution numérique, les questions d’environnement, l’économie sociale et solidaire, le développement durable mais également les enjeux locaux : la réconciliation nationale, l’implication citoyenne, l’entreprenariat locale. Elle n’attend plus qu’à être véritablement propulsée au coeur des décisions et actions gouvernementales.

Comment ne pas terminer avec de l’humour ivoirien qui sait si bien jongler entre critique politique, problèmes sociaux et rigolade.

                      Cc: papounigang / https://www.facebook.com/papounigang/?fref=ts

Aïssatou Dosso

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