Repats’ series #1 : Les routes du café avec Fabienne Dervain

Elles sont diplomées des universités occidentales, ont des opportunités d’emploi dans les plus grandes capitales, mais c’est dans leurs pays natales qu’elles décident de déposer leurs valises. Fini le rêve américain ou européen, le « african dream » attire de plus en plus de jeunes, alléchés par les économies fleurissantes et la douceur des villes africaines. Des États-Unis, du Canada, de l’Angleterre, de la France à Abidjan, Nouakchott et Dakar les portraits que nous partagerons retracent la trajectoire de jeunes repats (diminutif de repatrier, par opposition à expatrier).

Le premier portrait de la série est celui de Fabienne Dervain, entrepreneur et gérante de Couleur Café à Abidjan.

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Née à Abidjan d’une fratrie de trois filles, c’est à l’âge de 13 ans que Fabienne quitte le pays. Les troubles politiques que connaissent la Côte d’Ivoire durant les années 2000 poussent de nombreuses familles à l’exil. C’est donc en France que Fabienne poursuit sa scolarité. Sans jamais couper le « cordon », la jeune femme conserve des liens forts avec son pays natal où elle retourne à chaque fois que l’occasion s’y prêtait.  

Après son Bachelor of Arts in International Business à l’Université Américaine de Paris (AUP), Fabienne poursuit son cheminement académique par un Master of Science in International Management à King’s College à Londres.

 

Le cheminement sans faute de Fabienne lui a ouvert de nombreuses portes dans le milieu des affaires européens. Pourtant, dès l’obtention de son Master, la décision du retour au pays se concrétise. « Cela a toujours été une évidence que je rentrerai à Abidjan donc il n’y a pas eu de processus de décision.  Non seulement rentrer au pays a toujours été une évidence mais en plus de ça j’avais une opportunité en or qui se présentait à moi. En effet, quelques mois avant de décrocher mon Master ma mère a dû fermer son coffee shop Couleur Café en raison de la crise post-électorale. Ayant vécue une bonne partie de ma vie en France et en Angleterre où les coffee shops ouvrent tous les jours de manière exponentielle, rouvrir et développer ce concept avait un réel potentiel, surtout à Abidjan. »

Rentrer au pays, ouvrir son entreprise de café, tel était le défi de Fabienne, à peine âgée de 24 ans à ce moment. Il faut dire que le marché ivoirien connait une croissance importante depuis la fin de la crise. Le Café est un symbole fort de l’économie ivoirienne, puisque le pays est classé 4e producteur mondial. Malgré cette forte production, le café est dédié à l’exportation, vers des destinations européennes et américaines. Les coffee shop pullulent dans toutes grandes villes, où le café devient un art aussi convoité que le vin.

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Le café devient un produit mondial – la chaine de transformation est globalisée. Il est récolté localement puis exporté pour torréfaction et emballage. La trajectoire du café, récolté en Côte d’Ivoire et exporté puis transformé à l’étranger est une barrière au développement et à l’autonomisation de l’économie ivoirienne. Les termes de l’échange lui sont défavorable, affectant particulièrement les petits producteurs et les consommateurs locaux.

Fabienne fait partie de ces entrepreneur(e)s qui transforment la trajectoire du café ivoirien, pour la tourner vers un marché local. Si au début de son entreprise, elle retournait régulièrement en France et en Angleterre pour rencontrer ses fournisseurs, aujourd’hui sa démarche « made in Cote d’Ivoire » l’emmène à se fournir essentiellement de produits ivoiriens (ou Africains) dans la mesure du possible.

Couleur Café c’est également l’ambition de se réapproprier un produit qui fait la réputation de la Côte d’Ivoire internationalement mais qui est encore méconnue localement. Transformer les dynamiques de production, de vente et de consommation du café pour que la Côte d’Ivoire et l’Afrique en générale ne soient pas simplement la main d’œuvre de l’Occident. Il s’agit de valoriser les consommateurs locaux, leur donner le goût des produits cultivés sur place, et d’en tirer localement profit. C’est également une manière de s’assurer de la qualité du produit, la variété du café et son mélange tout en garantissant un prix plus abordable pour les consommateurs.

Chef d’entreprise à 27 ans, Fabienne ne connait pas de journée type (9 à 5). Travailleuse autonome, la jeune femme décide de ses propres horaires. Cette flexibilité ne rime pas  pour autant avec tranquillité. Fabienne enchaine les meetings, les rencontres avec les clients et les correspondances avec les fournisseurs, partenaires et journalistes. C’est un pari gagné pour Fabienne. En tant qu’unique Coffee Shop d’Abidjan, elle fidélise une clientèle diverse et répond à de véritables demandes. Celles et ceux, qui comme elle, sont habitué(e)s à prendre leurs café to go entre deux rendez-vous ou en allant au boulot. Ou encore les curieux qui viennent animer leurs sens et s’initier les papilles dans une ambiance branchée de la capitale.

Le leitmotiv de Fabienne est la fameuse citation de Maya Angelou

« Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir » Maya Angelou

C’est une philosophie qui transparait à Couleur Café.  En effet, c’est aussi un point de rencontre culturel et artistique. Poètes, chanteurs, compositeurs, photographes, mélomanes, passionnés d’art et de culture s’y retrouvent pour partager cet espace chaleureux et convivial.

« Abidjan se réveille ! Il n’y a pas une semaine sans qu’un évènement culturel ou une conférence ne se déroule ici. Je considère que j’ai de la chance de vivre à Abidjan, véritable ville dynamique et cosmopolite !  Je n’ai aucun regret ! Il est certain qu’entreprendre en étant une jeune femme n’est pas chose facile surtout en Afrique car nous sommes encore victimes assez souvent de discriminations et stéréotypes. »

Pionnière dans ce domaine, Fabienne et Couleur Café sont devenus des incontournable d’Abidjan. Sans nul doute, le retour au pays a été fructueux pour la jeune femme, et, c’est en ces mots qu’elle incite les jeunes ivoirien(ne)s de l’extérieur à rentrer au pays : « Rentrer chez vous, on n’est jamais mieux que chez soi et on a besoin de vous. »

A part la connexion internet stable, il n’y a rien de sa vie parisienne ou londonienne qui lui manque, ironise-t-elle.

« Ce n’est un secret pour personne que L’Afrique c’est le présent. D’ailleurs, le nombre croissant des multinationales qui s’installent en Afrique en témoigne… Si je devais décrire l’Afrique en 3 mots, je dirais Fragilité, Espoir et potentiel. »

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