Billet retour vers le pays d’origine: après les diplômes tenter le rêve africain

Une vague inverse de migration semble se dessiner ces dernières années. Après s’être longtemps vider de ses cerveaux, les pays africains deviennent de nouveau attractif pour leurs jeunes ressortissants (et pas seulement), partis en occident acquérir les diplômes les plus quotés. La fuite des cerveaux est un fléau qui a accompagné les indépendances. En effet, les difficultés économiques dans lesquels se sont retrouvés les États après un demi-siècle d’occupation et de pillage (pour ne parler que de la colonisation) ont apportés leurs lots d’austérité et d’ajustements qui ont affectés durablement des secteurs aussi urgent que l’éducation, la santé, les infrastructures etc. La période des ajustements structurels, puis la vague des crises politiques des années 80-90 ont contraints plusieurs familles a faire le choix de l’immigration. Migrer vers des pays plus stables et développés afin d’offrir de meilleures opportunités a la descendance. Nombreux sont ceux de la génération Y qui sont partis jeunes conquérir d’autres horizons. Leur identité est aussi éclatée que les différentes influences culturels auxquels ils ont été soumis. L’afropolitanisme est un terme qui a été développé par Taiye Selasi pour décrire et identifier cette nouvelle identité des jeunes issus du continent qui tout en portant les signes externes d’occidentalisation restent des « grounder » a leurs origines.

Nombreux sont les pays d’Afrique qui mettent en place des politiques d’incitation au retour: le Maroc, le Ghana, l’Afrique du Sud, le Nigeria, la Côte d’Ivoire. En Afrique anglophone, ceux qui participent à la vague inverse sont nommées repats ou encore returnees. Cette vague reste constante depuis 6 à 7 ans laissant paraitre un shift dans la conception que les jeunes ont de l’Afrique et de ses potentialités.

Le retour au pays une tendance avérée?

Les statistiques des dernières années montrent une majorité écrasante de jeunes ayant l’ambition de retourner au pays. 70% d’entre eux vivant aux États-Unis, au Canada, en Europe affirment rentrés après leurs études. Les nouvelles perspectives économiques, les transformations sociales et politiques que présentent plusieurs pays semblent être un attrait de plus en plus convaincant.

L’occident présente depuis plusieurs années les signes d’une récession : saturation du marché du travail, vieillissement de la population, augmentation du coût de la vie. Greffées à ces problèmes structurels et d’ordre économique, se rajoute une tension socio-politique et une crispation des identités affectant plusieurs communautés africaines.

C’est le constat inverse qui se profile dans nombres de pays d’Afrique. L’horizon de l’émergence s’éclaircit progressivement et les pays affichent, quant à eux, des taux de croissance ostentatoire dans une conjoncture économique des plus sévères. La Côte d’Ivoire ne cesse de faire les manchettes depuis quelques années pour sa croissance impressionnante. L’après crise présente tous les signes d’un « nouveau miracle ivoirien ». 9% de taux de croissance, des taux d’investissement qui dépassent les prévisions et un marché de l’emploi qui se réinvente, ouvrant de nouveaux débouchés.

“From brain drain to brain gain”*

À en croire l’effervescence des métropoles africaines où bars branchés, restaurants chics, hôtels et terrasses peuplées côtoient les restaurants par terre, vendeuses aux abords des routes et marchés ambulants, le paysage urbain des pays africains est en pleine transformation. Cette reconfiguration de l’espace traduit l’apport de cette force active au secteur économique et technologique. Attirés par les pics de croissance et les opportunités de travail qui s’offrent à eux, mais surtout par le retour chez soi et le désir d’un mode de vie différent et flexible, cette jeunesse contribue à la transnationalisation des savoirs, des économies et des cultures pour plusieurs raisons.

  • La transnationalisation des relations: Pendant longtemps et encore aujourd’hui, les diasporas africaines sont connues pour les montants faramineux qui traversent l’océan par les transferts d’argents. Progressivement, c’est aussi un transfert de technologie et de connaissance qui prend place. Fonctionnaires, entrepreneurs, salariés de grandes entreprises portent une vision positive de leurs métropoles. Leurs expériences académiques et professionnelles à l’étranger permettent de garder un lien privilégié entre leur pays d’origine et leurs anciens pays de résidence. Ils se positionnent comme plateforme de connexion entre les firmes, institutions et gouvernements permettant de développer et de transformer les échanges commerciaux, politiques et sociaux avec les partenaires occidentaux.
  • La transnationnalisation des cultures: C’est dans un objectif commun de développer les infrastructures, de s’approprier l’espace et les responsabilités de développement, d’augmenter la visibilité des villes et de changer l’image peu flatteuse de l’Afrique dans les médias internationaux que naissent plusieurs initiatives. Sans conteste, la plateforme numérique et collaborative, http://www.visiterlafrique.com/ fondé par la journaliste et entrepreneure camerounaise, Diane Audrey Ngako, qui répond à un double besoin. D’abord, la promotion et la visibilité de multiples destinations à l’échelle continentale . Ensuite, le partage d’expériences et d’informations pratiques qui répondent aux interrogations et inquiétudes des voyageurs.
  • Émergence d’un hub d’innovation: La contribution des jeunes formés dans les plus grandes écoles contribue aussi a rattraper le retard de plusieurs pays africains dans la révolution numérique et technologique. C’est l’exemple de l’application mobile taxijet crée par de jeunes entrepreneurs ivoiriens sortis de HEC Paris.

Nous voulions travailler dans les nouvelles technologies et cela n’aurait pas eu de sens de le faire en France. Le marché de l’innovation est saturé et il faut être extrêmement pointu pour espérer percer. Il faut avoir l’idée que personne n’aura, alors qu’ici il y a tout à faire. Étant originaires d’Abidjan, nous savions qu’en termes de transports il existe un vide que nous pourrions combler. (voire: http://www.france24.com/fr/20151023-taxi-jet-uber-ivoirien-veut-bousculer-transports-abidjan )

La ré-adaptation n’est pas toujours simple. Manque de transparence, corruption, inefficacité bureaucratique sont des problématiques récurrentes dans plusieurs pays d’Afrique et qui découragent le retour et l’entrepreneuriat. Les réformes juridiques notamment en matière de propriété intellectuelle peinent a proposer un cadre sécuritaire et propice à l’innovation. Toutefois, si cette vague de retour se soutient dans les prochaines années, c’est un développement plus durable et local des différentes initiatives.

Aïssatou Dosso

 

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