Le Petit Écran se Modernise en Afrique

Le Nigeria est passé première puissance du continent, principalement par la comptabilisation de l’industrie du Nollywood, dont la part dans la croissance du pays avait été bien trop sous-estimé. Les productions africaines se développent aujourd’hui et se démarquent plus spécifiquement par la qualité de leurs contenus et de leurs réalisations. Elles rivalisent sous ces deux aspects avec leurs concurrentes occidentales et sud-américaines, et ce malgré des moyens moins importants.

Ce qui rend ces productions africaines plus attrayantes, ce sont les sujets sociaux et sociétaux abordés sans artifices, ni mascarades. Empreintes des réalités quotidiennes du continent, elles parviennent à un juste milieu entre lourdeur, difficulté, et fatalisme de la vie, d’une part. Et d’autre part, beauté, rayonnement, et magie du continent. Par ailleurs, elles retranscrivent, souvent caricaturalement, le clivage entre tradition, et modernité, souvent même post-modernité, mais aussi déterminisme et espoir qui sous-tendent nos sociétés. En bref, elles sont nos reflets dans un miroir brisé et recollé par le système D, nos ombres dans les villes de Lagos, d’Abidjan, de Nairobi, …

#1 – SHUGA: love, sex and money

Avant d’être rayonnante dans Twelve Years of Slave, et de devenir tout d’un coup la coqueluche d’Hollywood, Lupita Nyong’o était une autre héroïne : Ayira, étudiante, foisonnante de vivacité, de beauté et d’ambition dans la première saison de Shuga.

Shuga est une soap opera dont les captures saisissent dans sa totalité l’urbanisme, l’ultra-dynamise et la jouvence des métropoles africaines. Entre Nairobi (saison 1 et 2) et Lagos (saison 3), la série met en vedette de jeunes acteurs talentueux qui retranscrivent avec brio la vie estudiantine africaine. Des soirées trop arrosées, à la radio du campus, en passant par les romances, l’infidélités et même les magouillent entre étudiants et professeurs, tout y est!

  • Sensibilisation trans-moralisatrice contre le VIH/SIDA:

Shuga, a également une portée didactique et dénonciatrice. S’inscrivant dans une campagne de lutte contre le VIH/SIDA, la série témoigne des dangers inhérents à une prématurité sexuelle, à l’ignorance ou la négligence sexuelle, et aux relations sexuelles non-protégées. Ici, aucune stigmatisation envers les porteurs du virus du Sida, qui sont Monsieur et madame tout le monde, ni même de jugement morale sur la vie sexuelle des jeunes. Ce qui peut être appelé la sensibilisation « intelligente » et « moderne » prends en considération l’évolution des moeurs et valeurs dans l’espace urbain, et démontre que l’éducation sexuelle va et doit aller au-delà de la simple chasteté. Déconstruisant les mythes autours du Sida, la série réussi là où les campagnes étatiques ont lamentablement échouées: captiver l’audience sans usage de terreur.

  • Prostitution étudiante ou dissymétrie relationnelle :

Dresser un portrait de la jungle urbaine africaine n’aurait été fidèle sans mention du phénomène des « mécènes » des temps modernes ou « sugar daddy ». Homme d’un certain âge, fortuné, le sugar daddy entretient des relations le plus souvent extraconjugales avec une ou plusieurs amantes plus jeunes. Ces relations dissymétriques sur le plan affectif, de l’âge et des ressources, sont portées à l’écran pour sensibiliser sur l’extrême vulnérabilité des jeunes filles, vulnerable à la manipulation, au chantage affectif et monétaire, et aux pratiques sexuelles dangereuses. Les réalisateurs de Shuga se garde bien de dresser un portrait monstrueux de ces hommes, afin de maintenir cette équilibre entre sensibilisation et mise en garde..

  • Violence basée sur le genre:

Fait souvent passé sous silence en Afrique, la violence conjugale est pourtant un fléau. Selon un sondage mené par la Fondation CLEEN au Nigeria, pays de la troisième saison de Shuga, une femme sur trois avoue être victime de violences conjugales. En Côte d’Ivoire, selon une étude de la International Rescue Committee, pas moins de 60% des ivoiriennes sont victimes de violence au sein de l’environnement familial.

La « correction » domestique, socialement acceptée, sinon encouragée est un instrument supplémentaire au service du patriarcat africain pour soumettre les épouses. Rajoutons à cela le facteur de dépendance économique, et voilà que les femmes se retrouvent dans une infernale machine que même l’éducation, toute seule, ne peut enrayer. L’objectif de la série est de briser les chaines qui maintiennent les femmes dans le silence et d’encourager le « women empowerment. »

Les trois saisons sont disponibles : http://www.shuga.tv 

Marlyatou Dosso

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