Didier Drogba: le talisman ivoirien

Aussi emblématique qu’une hymne national, Didier Drogba a fait briller la Côte d’Ivoire sur les plus grands terrains internationaux. Douze années de bons et loyaux services en tant qu’attaquant d’une patrie qui n’a pas toujours eu les mots tendres à son égard. Notre Drogba national comme on le surnomme est arrivé à temps pour redonner espoir à une jeunesse ivoirienne perdue, en proie à la délinquance, au vandalisme et aux crimes organisés. L’ascenseur social ne fonctionne pas en Côte d’Ivoire, réduisant à néant les espoirs des jeunes de quartiers précaires. La voie de l’éducation, trop chère, trop longue et trop laborieuse entraine un taux de décrochage scolaire inquiétant pour l’avenir du pays. Le football s’est dressé en véritable alternative au phénomène des brouteurs puis à celui de la cyberescroquerie qui, durant les années de crise politique, ont gangrénés la jeunesse ivoirienne.

Pourtant, dimanche dernier, Didier Drogba annonçait qu’il mettait un terme a sa carrière en sélection nationale. Deux mois après l’élimination de la Côte d’Ivoire au premier tour de la coupe du monde, c’est la tête haute que le footballeur sort de la sélection nationale. Dans une entrevue accordée à Canal+, c’est dans ces mots qu’il tire sa révérence

C’est le bon moment pour arrêter, laisser la place aux jeunes, et construire une équipe pour les années à venir (…)C’est une décision difficile parce que je sais de quoi je suis capable mais à partir du moment où je sens qu’on n’a plus confiance en moi comme avant, je pense que c’est une décision sage. Je suis à la disposition du pays mais pas pour jouer. C’est fini.»

Didier Drogba

Le bon moment, dit-il, car l’international ivoirien se fait vétéran des terrains de foot avec ses 36 années au compteur. Le football devenu une industrie prolifique, nombre de jeunes attendent impatiemment leur heure de gloire. C’est avec beaucoup de dignité et d’humilité que Drogba cède sa place a une nouvelle génération de footballeurs ivoiriens qui, je l’espère auront plus de chances que les précédents.

Drogba constitue un véritable exemple pour la jeunesse ivoirienne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, par son parcours éducatif, il se distingue de nombres de ses coéquipiers ivoiriens. En effet, Drogba se présente bien mais surtout s’exprime bien, ce qui lui permet de s’adapter aisément aux scènes publiques nationale et internationale. Ensuite, sa fibre patriotique l’emmènera a s’engager dans l’Histoire contemporaine de son pays et démontre ainsi qu’il a plusieurs cordes a son arc.

Une présence parfois contestée

L’équipe ivoirienne est à l’image du pays. Une bonne humeur apparente sous fond de discorde. C’est dans cette ambiance électrique que Didier Drogba tente d’imposer son style, tout à différent. Minoritaire au sein des académiciens, notre prodige a du mal a faire accepter son style de jeu. Formé dans les club français, successivement au Mans, Guingamp et Marseille jusqu’en 2004, Drogba se distingue rapidement. Son style décontracté tant sur le terrain qu’en dehors, sa puissance, sa vitesse, son sens du but et son jeu de tête feront de lui très vite, trop vite peut-être le «chouchou» des ivoiriens et de la presse internationale. Ce sont ces qualités qui ont fait progressivement de lui un incontournable des plus grands clubs internationaux jusqu’à son recrutement à Chelsea en 2004.

La « génération dorée » ivoirienne est majoritairement constituée d’un groupe de jeunes prodiges recrutés par Jean-Marc Guillou. Ayant évolués dans un cercle quasi-familiale, du centre de formation au club de l’ASEC, ceux que nous appelons les académiciens (Kolo Touré, Yaya Touré, Didier Zokora, Copa Barry, etc) accueillent timidement le nouvel arrivé Drogba. Les différentes querelles entre le clan des académiciens et le clan Drogba mineront non seulement l’ambiance de l’équipe mais également sa performance sur le terrain. Les disputes de brassard qui opposent les deux clans sur la légitimité de Drogba en tant que capitaine font constamment surface lors de match internationaux.

Un ambassadeur pour la paix

Dans le climat de crise qui régnait jusqu’en 2012, peu de personnalité publique ivoirienne ont su prendre du recul et rester hors du jeu politique. Drogba fait partie de ces rares personnes qui se sont positionnés au dessus des considérations ethniques, religieuses et politiques qui rongeaient la société ivoirienne. Après avoir gagner le titre de ballon d’or de l’année 2006, Didier Drogba décide de dédicacer sa victoire à la réconciliation en allant présenter en personne son trophée à la ville de Bouaké. Le choix de cette ville lance un message fort, celui de la paix et de la ré-unification/réconciliation nationale. En effet, Bouaké, surnommée ville rebelle est située à la frontière entre le nord et sud, dans la zone tampon sous contrôle onusien et qui scindait  le pays en deux (zone sous contrôle rebelle, et zone sous contrôle gouvernemental).

drogba

 

Conscient de sa popularité qui transcende les différences, Drogba cherche a contribuer au processus de sortie de crise par plusieurs moyens. Plus récemment, à travers sa participation à la Commission Vérité Dialogue et Réconciliation, le joueur est chargé de représenter les ivoiriens de la diaspora. Son statut assure, par ailleurs, une certaine visibilité nationale et internationale aux travaux de la commission.

Son implication dans le processus de paix ivoirien lui vaudra une nomination en tant qu’ambassadeur de bonne volonté du PNUD en 2007 et une place parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde par le magazine Times en 2010.

Didier Drogba, c’est ma fierté, c’est notre fierté. C’est un grand joueur qui a marqué son temps et qui continue de jouer même à 36 ans. Il a une place très importante dans la réconciliation de la Côte d’Ivoire. Je pense que le seul ivoirien qui peut réconcilier les Ivoiriens reste Didier Drogba. Tout le monde l’adore du Nord au sud.

Tiken Jah Fakoly

Le documentaire «les rebelles du foot» de Gilles Rof et Gilles Perez a choisi de mettre en lumière des joueurs de foot qui ont placé leur notoriété au service de l’intérêt collectif. La réputation des footballeurs n’est pas toujours des plus lisses. Réputés pour leur performances physiques, ceux qui font preuve d’autres atouts sont tout de suite remarqués. En effet, les tabloïdes ne manquent pas d’afficher les frasques des uns et des autres. Soirées trop arrosées, excentricité, scandales ternissent leur image. C’est par le peu d’information sur sa vie privée, son expression de gendre idéal et son implication en faveur de son pays, que Drogba se démarque de ses coéquipiers et se retrouve au panthéon des « rebelles du foot ». Tout sourire, la parole toujours juste et comportements quasi-irreprochable, l’international ivoirien est un « role model ».

La Drogbamania

Après s’être constitué en véritable symbole national, neutre et apolitique, au service de la réconciliation, Drogba conquit le coeur des ivoiriens de tout horizons ethniques, religieux et politiques. La drogbamania s’installe en chacun et rythme le quotidien des ivoiriens. Partout dans la capitale, les affiches publicitaire se disputent l’imagine du champion, comme si sa seule participation remplissait le chiffre d’affaire. Les artistes chantent ses exploits et la scène musicale s’innondent de danse inspirées du joueur. La drogbacité et la drogbadance imitent les gestes du buteur sous le fond frénétique du coupé-décalé. La bière de 100ml qui coule à flot dans tous les maquis et restaurants du pays, a été surnommé «la Drogba».

La fièvre Drogba.

La fièvre Drogba

© Arnaud Thierry Gouegnon / Twenty Ten / Africa Media Online

Chance et talent s’allient pour faire de Drogba une légende du football: Double ballon d’or africain (2006 et 2009), champion d’Angleterre (2005, 2006 et 20010), coupe d’Angleterre (2007, 2009 et 2010), joueur de l’année de la BBC (2009), meilleur buteur de l’histoire de la sélection ivoirienne.

En somme, la star internationale s’impose a nous comme un véritable symbole que nous brandirons avec fierté pour plusieurs années encore. L’idée de voir un jour l’équipe nationale dirigée par Drogba n’est pas a écartée. De retour à Chelsea depuis un mois, c’est sous le maillot bleu que Drogba continue a faire voyager les ivoiriens. À Drogbakro, banlieue d’Abidjan qui porte son nom, les exploits du footballeur sont suivis religieusement. Voisins et voisines du quartier partagent leur écran pour admirer l’enfant du pays qui, malgré son succès n’oublies pas d’où il vient.

Aïssatou Dosso

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