1994 – 2014: Génocide des Tutsis au Rwanda

 

Un peuple qui oublie son passé se condamne a le revivre – Winston Churchill

 

À la mémoire des morts du génocide, mort en raison de leur appartenance ethnique, de leurs convictions politiques et idéologiques. Le devoir de mémoire s’impose. La tragédie que le peuple rwandais a connu vingt ans plus tôt doit servir aux générations présentes et futures, afin qu’ils tirent leçons de la faillite de l’Humanité a agir contre de telles atrocités. Du 7 avril au 4 juillet 1994, 800 000 rwandais trouvaient la mort dans une guerre civile sans précédent.

Qu’est ce qu’un génocide?

Le terme génocide est un néologisme crée en 1944 par Raphael Lemkin, professeur de droit, américain d’origine juive polonaise. Le terme est dérivé du grec genos (genre, naissance ou espèce) et du suffixe (cide) caedere en latin (tuer, massacrer). Lemkin forme ce mot pour tenter de décrire les crimes perpétrés durant la 2nd guerre mondiale par les nazis contre les populations juives, tziganes et slaves et durant la 1ère guerre mondiale contre les arméniens sous l’Empire Ottoman.

Le terme est ensuite consacré dans sa forme juridique dans la Convention pour la prévention et la répression des crimes de génocide adopté par l’assemblée génrale des nations unies en 1948 puis repris dans le Statut de Rome (fondateur de la Cour penale international) en 1998.

L’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression des crimes de génocide définit le génocide comme:

« s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe ;

b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;

d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.  »

L’article 6 du statut de Rome quant à lui définit le terme comme suit:

«un crime se distinguant par:

 – l’intention d’extermination totale ou partielle d’une population ;

 – la mise en œuvre systématique de cette volonté.

Les racines du génocide

Les différentes législations internationales et la présence de l’ONU n’ont pas permis d’éviter le massacre qui a pris place au Rwanda. L’extrémisme ethnique qui voit son achèvement dans l’extermination de l’autre atteint son paroxysme et nous offre une scène d’horreur et d’indignation. Avec le plus grand nombre de morts par jour, d’une durée de cent jours, comptabilisant 800 000 morts, le génocide des tutsis au Rwanda est le plus rapide et l’un des plus meurtriers de l’Histoire.

Les racines de la guerre sont multiples et particulièrement complexes. Il faut dire qu’aucune raison, aucune explication peut paraître suffisante pour expliquer qu’un tel acharnement et une telle animosité s’est emparé des mains assassines.

L’administration coloniale allemande puis belge se basaient sur des discriminations ethnologique fondée sur des considérations raciales et morphologiques. Convaincus que la finesse de leur trait, la grandeur de leur taille et la couleur de leur peau, s’apparentant a ceux des colonisateurs faisait preuve d’une intelligence supérieure, les colonisateurs installent une institution toxique porteuse de division et de haine.

Promut par leur prétendue supériorité génétique, les tutsis sont privilégiés par rapport aux Hutus dans toutes les sphères de la vie publique. Considérés comme des «Européens noirs» les tutsis ont un accès privilégié a l’éducation, aux emplois administratifs et composent progressivement l’élite du pays. De l’autre côté, les Hutus appelés «nègres bantous» sont relégués au second plan, réduit a leur condition d’agriculteur. Mises en place en 1931 par l’administration belge, les cartes d’identité ethnique sont là pour témoignés du privilège de naissance des uns, de l’infériorité systématique des autres menant à une société fractionnée, hiérarchisée selon des critères ségrégationnistes. Hutus, tutsis et twa sont trois catégories sociales qui définissent alors l’être dans ses potentialités et ses limites, dans son présent et son avenir. De cette bipolarité entre dominant/dominé, priviliégié/oppréssé germe les sentiments d’injustice et de vengeance qui vont s’exacerbés au lendemain de l’indépendance.

Il faut dire, en effet, que la population tutsi qui détenait les rennes du pouvoir constitue la minorité (15%) et les hutus sont a hauteur de 84%.

Le spectre de l’indépendance fait changer le jeux de pouvoir entre les colonisateurs belges et la population locale. En effet, la conservation des intérêts belges au Rwanda nécessitait une alliance avec la majorité. D’autre part, la majorité hutus s’accaparait de cette quête d’indépendance pour marquer la réappropriation de leur dignité. Le manifeste des Bahutus publié en 1957 est illustratif du retournement de situation qui s’opérait à la veille de l’indépendance. Soutenu par les intellectuels Hutus dont Grégoire Kayibanda (futur chef de l’État) le manifeste des Bahutus est une «Note sur l’aspect social du problème racial indigène au Ruanda».

Les Tutsis dont nombreux sont en exile dans les pays voisin, notamment en Ouganda se rassemblent autour du Front patriotique Rwandais (FPR) pour organiser leur retour au pays. Les hostilités lancées en 1990 contre le parti du Général-Président Habyarimana marquent la flambée des violences.

 

Si le passé ne s’oublie pas, c’est le présent qu’il faut vivre et l’avenir qu’il faut construire

La faillite de l’Humanité

L’Histoire du génocide rwandais laisse perplexe quant à la cruauté des crimes mais également au silence meurtrier de la communauté internationale, paralysée par leurs intérêts personnels. C’est l’Histoire de la faillite de l’Humanité, de l’échec de la communauté internationale chapeautée par l’ONU. Lorsque la terre entière assistait horrifié et incapable à l’une des guerre les plus dévastatrices du XXème siècle, aucune solution, aucune aide n’a été apportée à la détresse de tout un peuple en disparition.

Quand je pense aux conséquences du génocide rwandais, je pense tout d’abord à ceux qui sont morts d’une manière atroce par les blessures faites à la machette et ce à l’intérieur de centaines d’églises torrides, de chapelles et de missions où ils étaient allés chercher la protection de Dieu, fuite qui s’est au contraire terminée dans les bras de Lucifer. Je pense aux plus des 300.000 enfants qui ont été tués et ceux qui se sont transformés en tueurs dans une perversion de l’idée de l’enfance. Je pense aussi à ceux de ces enfants qui ont survécu et qui sont devenus orphelins à la suite du génocide. Ceux-là ont été abandonnés par nous comme nous avons abandonné leurs parents dans les champs de la mort du Rwanda . Roméo Dallaire.

Quid de la réconciliation?

Les hostilités cessent le 4 juillet 1994 lors de la prise de pouvoir de Paul Kagamé. Le chantier de la justice, de la réconciliation et de la paix semble interminable. Les priorités sont mises sur la justice afin d’une part de mettre fin au cycle d’impunité et d’autre part de redonner confiance et dignité aux victimes. La justice transitionnelle qui a pris place dans la société rwandaise est un modèle sui generis particulièrement intéressant et ambitieux. Pour répondre aux demandes urgentes de justice et de paix dans un Rwanda ensanglanté par des années de haine et de vengeance, la justice s’est déployée à trois niveaux: international, national et communautaire ou local. Il y a la création par l’ONU du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui vise a mettre en lumière les exactions commises en temps de guerre ainsi qu’a poursuivre les acteurs de crimes massifs. Les massacres ont été reconnus en tant que crimes de génocide dès le premier jugement en 1998, régit par le statut de Rome et la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Les crimes sexuels font également leur véritable entrée dans les législations internationales avec la TPIR. Les crimes sexuelles sont une arme de guerre qui sont inclut dans les crimes contre l’Humanité à l’article 7 du Statut de Rome portant création de la CPI. L’article 7 stipule que:

«Aux fins du présent Statut, on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque :

(…)

g)Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable; (…)»

L’affaire Jean-Paul Akayesu au TPIR en 1998 marque la reconnaissance des crimes sexuels en tant que crimes contre l’Humanité. Pour la première fois le viol est reconnu explicitement comme un crime de génocide et crime de guerre qui, selon les propos des juges est utilisé pour «tuer la volonté, l’esprit, la vie elle-même».

Cependant, le TPIR est insuffisant pour juger des 2 millions de personnes impliquées dans les crimes. De plus, ce tribunal spécial est compétent à l’égard toute personne ayant participée à la commission de crimes graves contre les droits humains. Toutefois, les difficultés de preuves tendent a restreindre sa capacité aux personnes occupant des fonctions publiques (chef d’armé, chef de l’État, ministres, députés et autres fonctionnaires). Ceux qui commettent les crimes au quotidien, dans la sphère privée jouissent de leur liberté meurtrière. Ainsi, les tribunaux nationaux et locales, en raison de leur proximité géographique et culturelle ont un rôle plus important a jouer dans l’administration de la justice et le travail de la réconciliation. La justice est allée chercher dans les cultures et traditions locales, à travers les tribunaux Gacaca pour mettre en place un système connu et accessible à tous. Les Gacacas sont composées de personnes élues pour leur bonne réputation, leur sagesse et intégrité par les membres de leur communauté. Ces tribunaux ont compétence pour juger des crimes et délits de moins grande importance. Au total plus de 12 000 tribunaux gacaca ont été crée à travers le pays qui ont effectués plus de 1,2 millions de jugements. Cette situation a permis de désengorgé le système judiciaire et de procéder rapidement à la réconciliation national et à l’installation d’une paix durable. Après sept années de fonctionnement, les cours Gacaca ont pris fin en 2012.

Vingt ans après, le pays est toujours en reconstruction. Les blessures sont toujours présentes mais il faut remarquer de nombreux avancements en termes de droit de l’homme. Le Rwanda est aujourd’hui une des sociétés plus respectueuse de la parité homme/femme dans les institutions publiques telles que le parlement grâce aux réformes législatives et institutionnelles mises en place dans la période transitionnelle. La société rwandaise est particulièrement active et présente dans l’arène politique du pays. De nombreuses initiatives et organisation sont nés de la volonté de la population de participer à la reconstruction du pays tant au niveau de l’économie qu’au niveau de sa cohésion sociale. La société civile rwandaise s’est constituée en véritable contre-pouvoir, très alerte et consciente face à la chose politique.

Partout dans le monde, la commémoration du Génocide des Tutsis fait partie de l’agenda politique. Les rwandais du pays et de la diaspora s’attèlent a conserver cette tragédie dans la mémoire collective. Un véritable travail d’histoire est effectué pour  reconstituer les faits afin de faire honneur aux disparus et aux familles de disparus. Les zones d’ombre de l’histoire quant à l’implications d’autres pays et le rôle de la communauté internationale dans la guerre civile rwandaise persistent mais elles font l’objet d’une attention particulière.

Aïssatou Dosso

 

 

 

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