À la mémoire de Awa Fadiga

 

Une victime de plus, une victime de trop. Il y a deux jours, une jeune femme ivoirienne mourait dans les couloirs du CHU de cocody, là où médecins, infirmières, para-médicaux sensés porter assistance et traitements aux personnes en besoin, jonchent les allées du centre. Cet événement tragique soulève les consciences et révèle au grand jour le drame que vit quotidiennement ceux qui sont confrontés aux services de santé publique ivoirien.

Si cette médiatisation est aussi forte, c’est que les barrières autrefois sacrées de l’État sont transcendées par la révolution numérique, soutenue par une population engagée, consciente et solidaire. Cette mobilisation forte autour de la défunte n’aurait été possible sans la conscience éclairée de ses amies et parents qui s’insurgent, malgré leur deuil, contre un système de santé totalement vétuste et défaillant. Les deux versions, celle des parents de la victime et celle du ministère de la santé se contredisent. Selon les proches, Awa Fadiga arrive à l’hôpital le 23 mars au soir, escortée par les pompiers, suite à une agression a l’arme blanche dans un taxi d’Abidjan. Laissée pour compte dans «un état comateux» en raison du non-paiement des frais, la jeune fille succombe à son état après une nuit passée sans soins ni assistances par le centre hospitalier. La version du CHU et du ministère de la santé quant à elle fait état d’une prise en charge de la victime dès son arrivée à l’hôpital. Selon eux, les soins ont été bel et bien octroyés à la patiente qui est «décédée suite à une agression inadmissible et intolérable qui n’engage pas la responsabilité des services de santé.» Qu’est ce que cet triste événement révèle sur la Côte d’Ivoire? Quelles leçons peut-on en tirer?Nous retenons essentiellement deux choses.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. (…)

Je ferais tout pour soulager les souffrances.

Serment d’Hypocrate.

Premièrement, les années de crises ont installées un climat de violence et d’impunité qui mine la vie quotidienne des abidjannais(es). Dans ce contexte d’insécurité, les femmes sont particulièrement vulnérable, victimes de violences de toutes sortes et notamment d’agressions sexuelles. Plusieurs sources évoquent le viol de la victime par le chauffeur de taxi.

Pouvons nous souhaiter, espérer un pays qui respecte et assure les droits et libertés fondamentales de ses citoyens et citoyennes? Le problème de l’insécurité, notamment envers les femmes est une violation a leurs droits les plus fondamentaux: droit à la vie, à la dignité, droit à l’assistance, liberté d’aller et venir librement sans craintes. De nombreuses violences faites aux femmes sont recensées par l’OFACI (l’organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire) depuis leur mise en place en 2010 dans le contexte post-conflit. Leur observation relèvent que 70,23% des violences basées sur le genre sont des violences sexuelles. L’organisation exhorte l’État a renforcer le dispositif sécuritaire ainsi que les dispositions pénales en matières de violence basées sur le genre, de faciliter l’accès à la justice des femmes. Les forces de l’ordre, le personnel médical et les médias sont quant à eux incités a prendre plus au sérieux ce type de violences afin de condamner fermement l’attitude criminelle des agresseurs et de décourager toute exposition d’images dégradantes de la femme sur la scène publique.

Face au silence du gouvernement, c’est la société ivoirienne qui prend la parole. Elle crie son indignation et multiplie les initiatives afin de confronter une fois pour toute, les gouvernants à leurs responsabilités et a leurs échecs.

Deuxièmement, l’état du système de santé ivoirien et sous-régional est alarmant. Les patients sont confrontés à l’obscolescence des centres hospitaliers, au manque de médecins, à la cherté des traitements, au manque d’équipement. Parmi ses promesses électorales, le Président Ouattara s’est engagé à fournir un système de santé gratuit, qu’en est-il de cela? Un pays qui se veut émergent à l’horizon 2020 ne peut atteindre ses objectifs sans un système de santé efficace et accessible à tous. Car la véritable émergence, profitable à tous, c’est celle qui instaure un pays soucieux du bien-être général. Désenclavés certaines régions, où la population pour avoir accès à un dispensaire plus ou moins équipé doit effectuer plusieurs centaines de kilomètres avant d’espérer recevoir des traitements. Et encore. Le prix des traitements étant trop élevé, bon nombre rebroussent chemin. Alors on a recours à toute sorte de remèdes: médecine traditionnelle, pharmacie par terre, médicament indigénat. Les médicaments aux composantes douteuse venus de Chine pour la plupart innondent les rues d’Abidjan et les marchés de l’intérieur du pays. Prescrit par des vendeurs souvent incapables de lire le nom du médicament. Lorsque la délai d’utilisation du produit n’est pas dépassée, il est de toute façon inutilisable en raison de ses conditions d’hygiène et de conservation.

Apèrs avoir décérété l’année 2013 année de la santé, le décès de Awa Fadiga nous obligent a constater que tous les moyens n’ont été déployées afin de garantir à tous une sécurité minimale et un accès au service de santé sans failles. Le gouvernement ivoirien est au pied du mur, après ses promesses électorales non tenues et la mobilisation citoyenne qui fait état d’une colère et d’une indignation. On peut changer la structure qui encadre nos sociétés par des actions concrètes et concertées.

Nos sincères condoléances à la famille et proches de la victime.

Aïssatou Dosso

 

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