La monarchie républicaine du Gabon

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Vous remarquerez la symétrie quasi-parfaite qui existe entre Gabon et Bongo. C’est dire la relation étroite qui existe entre ce pays et ce patronyme. La confiscation du pouvoir par la famille Bongo nous permet de questionner l’état de la démocratisation du pays. Les résultats aux différentes élections qu’a connu le pays étaient largement prévisible et se soldaientt par la victoire systématique de Omar Bongo. Après son décès en 2009, c’est son fils qui prend la tête de la magistrature suprême de l’État, élu avec 41,79% des votes au premier tour. Une succession de père en fils qui sème le doute sur le type de régime en vigueur dans le pays. Le Gabon n’est-il pas finalement une monarchie masquée sous les institutions républicaines?

La société civile gabonaise ainsi que la communauté internationale se sont résolus a accepter cet état de fait: admettre que les Bongo n’envisagent pas l’avenir du pays sans eux. Mais qu’en est-il de l’opposition politique qui depuis 1967, année de l’accession au pouvoir d’Omar Bongo n’affiche que son manque de cohésion et d’action dans le jeu politique du pays? Comment est ce qu’ils arrivent a se maintenir au pouvoir dans un pays qui se veut démocratique et multipartite?

Un régime clientéliste. Le super-pouvoir des chefs d’États gabonais s’assoie sur une multiplicité de facteurs dont le premier serait l’institutionnalisation de la corruption et d’un régime clientéliste. Si élection ne rime pas avec alternance, c’est que la confiscation des pouvoirs est assurée par les institutions du pays. Ce sont donc les institutions qui sont au service des gouvernants et non l’inverse. Il faut dire que le clan Bongo a la main facile lorsqu’il s’agit d’assurer par la voie de pot-de-vin la perpétuation de leur suprématie politique. Le régime clientéliste se base sur une structure solide de partisans politiques mis à la tête des trois pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs. D’autre part, il y a la politique du ventre, celle qui consiste a distribuer les rentes tirées du sol et du sous-sol gabonais extrêmement fécond en mines, pétroles et autres produits particulièrement prisé de l’économie mondiale. Satisfaire matériellement une minorité, construire une bourgeoisie fidèle au pouvoir et soucieuse de préserver ses privilèges, c’est aussi ça régner en despote.

Une opposition disséminée. Le Gabon offre une digne représentation de l’appropriation des richesses du pays par une petite frange de la population. Tous les indicateurs socio-économiques traduisent cette inégalité de répartition des ressources nationales. Il faut noter le paradoxe existant entre les indicateurs économiques relativement performant du pays et les indicateurs sociaux très faibles. Lorsque le pays est classé pays a revenu intermédiaire (PRI) avec un revenu par habitant de 10 040$, son niveau de pauvreté s’apparente à celui des pays a faible revenu avec un IDH le situant au104e rang sur 187. Selon la Banque mondiale, 32,7% soit un tiers de sa population est considérée sous le seuil de pauvreté. Cet état de fait décourage la société civile de sa capacité a défrayer le monopole de la minorité dominante. De plus, les pays d’Afrique subsaharienne n’ont eu d’autres choix que d’emboités le pas à la modernité. La société gabonaise subit ainsi les mutations politiques, sociales, culturelles et économiques qui sont liés a ce passage entre tradition et modernité. Dans ce cadre, les transformations se font en profondeur, émanant de la société vers l’État. Une société plus libre, égalitaire et respectueuse des droits des uns et autres sans distinction aucune s’impose comme volonté première du peuple. Les différentes manifestations et actions de la société suite au décès d’Omar Bongo lançaient un message fort aux institutions de cette république. Il faut dire que l’opposition politique qui est sensé organiser la société civile et les actions militantes faillit a constituer un véritable contre-pouvoir. Elle n’arrive pas a s’organiser efficacement pour représenter le mécontentement de la société face à la mauvaise gouvernance. Le front de l’opposition a manqué de saisir l’opportunité historique de la succession d’Omar Bongo en 2009 pour casser la dynastie au pouvoir. Reste a voir si la mobilisation de l’opposition et du peuple sera au rendez-vous aux prochaines élections en 2016.

Culte de la personnalité et sacralisation du chef. Nous poursuivons cet article sur le culte de la personnalité et l’instrumentalisation des coutumes et religions par les Bongo dans la construction d’un mythe, celui d’un leader plénipotentiaire. Omar Bongo était également connus pour son usage des croyances et forces mystique à des fins de « conservation de pouvoirs ». Déformation des cultures et des coutumes locales selon lesquels le chef (chef de village ou de tribu dans le Gabon pré-colonial) est le dépositaire des forces occultes. Les liens étroits entre politique et religions traditionnelles sous l’ère de Bongo père révèlent des coulisses du pouvoir mystérieuses et obscurs. Omar Bongo crée en 1975 une loge mystico-philosophiques, branche de la franc-maçonnerie appelée (GRE) Grand rite équatorial. Rites initiatiques, société secrète, crimes dits «rituels» sont le prix a payer de la frénésie du pouvoir. «Les organes les plus recherchés sont la langue, les yeux, les oreilles et le sexe, prélevés de préférence du vivant de la victime, à en croire le témoignage du féticheur Pierre Allogo, dans le reportage « Les Organes du pouvoir », diffusé dans l’émission L’Effet papillon de la chaîne Canal+ en avril dernier. « Plus la personne souffre, plus le bénéficiaire sera puissant », explique-t-il. L’impunité est presque garantie. Les victimes sont souvent choisies parmi les catégories les plus pauvres. Généralement, les crimes ne provoquent même pas la saisine de la justice. Lorsqu’elle est saisie, les magistrats sont piégés par l’absence de preuves.»(Sorcellerie et pouvoir | La sorcellerie au coeur du pouvoir : petits secrets de Palais | Jeuneafrique.com)

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Une communauté internationale hésitante. La communauté internationale, particulièrement la France est très ambivalente dans son discours face à la gestion patriarcale du pouvoir au Gabon. Il faut dire qu’elle craint notamment qu’une trop grande critique des dirigeants  lui coute chère au niveau de ses intérêts économique dans le pays. Les échanges économiques entre les deux pays sont importants, tant au niveau de la part des produits français dans les importations gabonaises, du nombre des entreprises françaises dans le pays et de la part des produits gabonais dans les importations françaises. Une imbrication des économies qui se traduit par une amitié de longue date solidifiée par la françafrique. Il faut indiquer qu’Omar Bongo est un des pilier avec Houphouet-Boigny de cette institution néo-coloniale qui vise a maintenir les relations étroites entre la France et ses ex-colonies. Robert Bourgui, intermédiaire entre la classe politique française et les dirigeants politiques africains ne se défend pas de son implication dans l’élection d’Ali Bongo aux élections qui font suite au décès de son père. Le reportage sur la françafrique (https://www.youtube.com/watch?v=u_xoU57yrkM) avec ses témoignages chocs révèle que les magouillages entre dirigeants français et gabonais n’est plus de l’ordre d’un mythe, ni même d’une conspiration. La justice française est saisie dans l’affaire du financement de la campagne électorale de Sarkozy par la Libye. Un cas similaire pourrait tout à fait révéler les financements du Gabon.

 

 

 

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