Mort de la Françafrique, début de l’Afriquafrance?

La tendance serait au renversement du rapport de force entre la France et l’Afrique. Les liens entre l’ex métropole et ses colonies restent très étroits en raison de leur histoire commune. Les choix politiques, économiques et sociaux qui ont accompagnés la décolonisation ont consolidés l’imbrication de l’Afrique francophone et la France. Areva au Niger, Total Gabon, Bolloré à Abidjan, Bouyges à Dakar sont autant d’exemples de l’emprise française sur les ressources naturelles en Afrique. La relation franco-africaine a fait couler beaucoup d’encre, c’est dire Ô combien ce mariage est tumultueux, passionnel et destructeur. Musiciens, humouristes, dessinateurs, écrivains, tous les arts se mettent au service de ces liens indestructuble et malsains. Alpha Blondy (Armée française) et Tiken Jah (dans son album Francafrique) dénoncent la présence oppressante de la France en Afrique dans le langage  »peace and love » du reggae. L’humouriste Dieudonné s’insurge envers l’institution de la françafrique dans son sketch Président africain. L’auteur Antoine Glaser, dans son livre s’intitulant Africa France propose une lecture inverse de la relation que ces deux entités entretiennent. Et si l’Afrique avait pris le dessus sur la France? Après avoir jugée cette thèse trop utopique et caricaturale en bonne post-colonisée que j’avoue être, j’ai sérieusement considéré l’idée que l’évolution récente de nos sociétés respectives pourrait se solder dans un moyen-court terme par une emprise grandissante de l’Afrique sur le patrimoine culturel français. Plutôt que de considérer la question sur un aspect purement politico-économique, il m’a paru plus intéressant et juteux d’ajouter une dimension culturelle et sociétale à la réflexion. Car en effet, la politique et l’économie sont au service d’une culture, d’une histoire et d’une civilisation. La culture dominante est celle qui impose ses standards de vie comme échelon sur lequel les cultures minoritaires et marginales rêveront de se calibrer. Celle qui se permet d’exporter ses produits culturelles en imposant ses plus grandes entreprises dans des territoires hostiles mais conquis. L’existence des McDo et Burger King  »halal » dans le Moyen-Orient est tout à fait édifiant en la matière. Des  »anti-américain », converties au BigMac n’est ce pas ironique? Revenons à nos propos…

l’Histoire française est marquée par la diplomatie. Moins imposante mais plus futée que certains, elle a pu se hisser dans la  »Cour des grands » en optant pour la négociation et le jeu des alliances. Sans rentrer dans un cours d’histoire la stratégie de la France dans l’échiquier politique international s’apparente a un jeu d’alliance qui vise à faire contrepoids aux géants américains, britannique et allemands. Plus récemment, à savoir après la décolonisation, la place historique de la France dans les organisations internationales s’est consolidée par la position géopolitique du français notamment dans les États du Sud. La perennité de la culture française est intiment liée à l’évolution des sociétés africaines. La carte ci dessous est représentative de la concentration des francophones en Afrique.

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Source: Wikipédia (francophonie)

L’Afrique francophone est le plus grand consommateur des produits culturels français. Prenons l’exemple de Canal+ qui distribue ses services outremer vers l’Afrique, les Antilles, la Guyane, la Réunion, le Vietnam. Avec une augmentation d’abonnés de 32% en 2013 soit d’un millions 683, les vingt pays d’Afrique centrale et de l’Ouest compensent les pertes encourues en métropole par le groupe.

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Un autre exemple poignant de l’importance du marché africain dans la survie des entreprise françaises est celui de l’entreprise Peugeot. Le directeur commercial Afrique André Lorgère disait à propos de la crise ivoirienne ceci «La crise en Côte d’Ivoire a été dure pour nous. Nous n’y avons vendu que 200 véhicules neufs en 2011, soit trois fois moins qu’en 2010, alors que le pays représente habituellement 60% des ventes de la zone UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine].». Dans les années 1970, peu après la vague de décolonisation, la marque au lion était leader incontesté du marché subsaharien avec 100 000 véhicules écoulés par an et 60 000 produit sur place avec la mise en place de son usine de Kaduna au Nigéria.

Jean-Philippe Imparato, directeur des opérations internationales de Peugeot tenait ces propos au sujet de l’Afrique du Nord: «Désormais, nous sommes dans le top 3 dans tout le Maghreb francophone (…) En Algérie, premier marché de la zone, avec 320 000 véhicules vendus en 2011 (+24,5%)-, la marque détenait 11,2% de part de marché fin octobre, derrière Renault et Hyundai mais devant Toyota. Au Maroc [120 000 véhicules vendus en 2011, NDLR], nous sommes la première marque importée», ajoute Imparato. Enfin, en Tunisie, Peugeot est troisième, derrière Volkswagen et Renault, avec 10,6% du marché au premier semestre 2011.

(Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Automobile | Automobile : Peugeot veut rugir à nouveau en Afrique | Jeuneafrique.com – le premier site d’information et d’actualité sur l’Afrique )

 A la lumière des exemples pré-cités, l’Afrique semble se positionner en tant que partenaire incontournable de la France tant au niveau de son positionnement stratégique qu’au niveau de son potentiel économique. Elle trouve en Afrique un bassin  »inépuisable » de ressources humaines et matérielles. Mais a trop s’asseoir sur ses acquis en Afrique, la France oublie qu’elle est convoitée par des puissances émergentes qui proposent une troisième voie, celle de d’un partenariat (sud-sud), dénué de toutes les lourdeurs des liens  »folkloriques » françafricains. Pour le meilleur ou pour le pire, le partenariat sino-africaine par exemple opte pour une approche apolitique et plus économique et culturelle. le renversement ou du moins le ré-équilibrage des rapports de force existants ne peut être effectif qu’à travers une réelle conscientisation des sociétés et un volontarisme politique. L’émancipation des populations du joug colonial n’est pas chose aisée. Elle nécessite de combattre nombres de référents culturels et identitaires auxquels les individus sont soumis constamment.

Aïssatou Dosso

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