Médias et Afrique: une relation a sens unique?

 «Les médias ne font pas que rapporter passivement les faits, pas plus qu’ils ne reflètent le consensus ethnocentrique de la minorité dominante, réinterprètent et diffusent cette idéologie à ceux qui ne détiennent pas le pouvoir, mais qui néanmoins sont les membres du groupe dominant: celui des Blancs» Van Dijk et Smitherman- Donald.

La relation sulfureuse que les médias entretiennent avec l’Afrique mérite quelques attentions. Dans une société où l’individu carbure à l’image, les médias prennent un rôle de première ligne: façonnant la perception que nous avons de nous même et des autres. «Qui contrôle l’information contrôle le monde» dit-on. Ce dicton prend tout son sens lorsqu’on vit dans un contexte de crise politique. En Côte d’Ivoire lorsque les protagonistes se faisaient la guerre on disait «Ils ont pris la RTI (Radio télévision ivoirienne)» comme pour dire qu’ils ont gagnés la bataille. À cette époque, trop peu politisée je percevais très mal le message. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris la relation complexe qui existe entre politique et média. Mais passons. Quelques années plus tard je me retrouve en terre montréalaise, et les images que je reçevais de la Côte d’ivoire ne correspondaient pas, ou très peu a ma réalité. Quelques tournages dans des lieux piteux, au fin fond de je ne sais quel bidonville avec un sous-titrage pour traduire en français, le français des ivoiriens. Ces quelques secondes d’imageries caricaturées suffisaient pour diffuser un message se résumant ainsi: pauvreté, insalubrité et analphabétisme. C’en est assez pour fouetter l’égo de la classe moyenne autour d’un diner en famille, devant la télé s’écriant ainsi :«On est quand même bien ici».

La semaine dernière se produisait un drame dans le métro de Montréal. Une femme perdait tragiquement la vie dans les escaliers roulant de la station Fabre. Morte étranglée par son hijab. Comme si cette nuance entre foulard et hijab relativisait le drame qui venait de se produire. La tentation était trop forte en plein Québec déchiré entre les pro et anti chartes. Les médias sociaux s’enflamment et tranquillement le hijab disparaît  »incognito » derrière le foulard. Une logique du sensationnalisme aux conséquences amères qui trahit le balbutiement des médias entre faire de l’audience et exercer leur  »fonction » d’information.

Bref, revenons à l’Afrique. Les médias occidentaux transmettent une image tronquée et déformée de l’Afrique. Prenons comme exemple cet extrait paru dans le magazine Time:

Africa has a genius for extremes, for the beginning and the end. It seems simultaneously connected to some memory of Eden and to some foretaste of apocalypse. Nowhere is day more vivid or night darker. Nowhere are forests more luxuriant. Nowhere is there a continent more miserable. Africa – sub- Saharan Africa, at least – has begun to look like an immense illustration of chaos theory, although some hope is forming on the the margins. Much of the continent has turned into a battleground of contending dooms : AIDS and overpopulation, poverty, starvation, illitracy, corruption, social breakdown, vanishing resources, overcrowded cities, drought, war and homelessness of war’s refugees. Africa has become the basket case of the planet, the “Third World of the Third World”, a vast continent in free fall 
Morrow, 1992

 Apocalyptique et paradisiaque Afrique. Oui, les jardins d’Eden, les animaux sauvages, les forêts luxuriantes et les femmes aux seins nues.

Les raisons de cette désinformation médiatique sont diverses. Entre autres:

 1- La vision idéologique: comme le propose la citation mentionnée plus haut, le contenu médiatique sur l’Afrique corresponderait aux préjugés ethnocentrique des sociétés occidentales. Si la civilisation occidentale est pris comme étalon, c’est qu’un double standard a été crée entre civilisés et sauvages, dominants et dominés. Faire rimer Afrique et misère servirait alors des intérêts occidentaux patriarcales qui se dissimulent aujourd’hui sous la bannière de l’humanitaire. Ils s’entretuent en Centrafrique, on intervient!! Comme si la haute technologie des armes nucléaires les rend moins meurtrière et sauvage qu’une machette. On remarquera la perversité de l’impact des médias sur l’histoire. La négativité transmise permet subtilement mais efficacement de dédramatiser l’histoire colonisatrice. Si les occidentaux ont soumis l’Afrique au joug colonial c’était aussi pour lui apporter la  »civilisation » et la modernité.

Dans la même logique, le traitement de l’information varie selon le passé colonial. En France par exemple, les pays qui font la une de l’actualité africaine sont la Côte d’ivoire, le Sénégal, l’Algérie. De même l’information britannique destinée à l’Afrique sera fortement focalisée sur le Nigéria, le Ghana le Kenya et l’Afrique du Sud notamment.

 Dans la presse française, on vous dit régulièrement que la Côte d’Ivoire est la première puissance économique d’Afrique de l’Ouest et on oublie d’ajouter « francophone » puisque la Côte d’Ivoire représente très peu de chose par rapport au Nigeria et même au Ghana. On va toujours parler des anciennes colonies en considérant que ce sont les pays les plus importants d’Afrique.
Pierre Cherruau

La Côte d’Ivoire sera considéré alors comme le bon élève, l’exemple a suivre parce qu’elle est arrivée par effet de mimétisme a se distinguer de ses voisins.

2- La vision capitaliste ou le time is money: ce principe suppose que l’information est subordonnée a des considérations monétaires. Redimensionnée selon les intérêts du publics, l’actualité africaine ne résiste pas à la course aux audiences. Ainsi, dans le peu de temps consacré  continent il faut aller à  »l’essentiel ». Combien de morts? Quelles conflits? Famine, VIH, paludisme et la boucle est bouclée.

Cet état des faits laisse percevoir une crise des médias classiques. La recrudescence des médias alternatifs apparaît comme une manière de compenser le manque de pertinence de l’information. On constate en effet que les blogs sur l’actualité et la culture africaine sont de plus en plus présents, comme une volonté de se réapproprier son histoire et de diffuser une information plus fidèle à la réalité.

Cette vision stéréotypée de l’Afrique a des conséquences désastreuses sur son développement. L’afro-pessimisme qui en est engendré biaise la vision que nous avons de nous mêmes et de nos capacités intellectuelles et matérielles.

P.S: Le prochain article concerne la fuite des cerveaux et ses conséquences sur le développement de l’Afrique. Étudiants et travailleurs qualifiés se dirigent vers l’Occident dans le but d’obtenir des opportunités à la hauteur de leur qualification.

fuite des cerveaux

Aïssatou Dosso

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