L’avenir de Charles Blé Goudé ou l’avenir de la réconciliation en Côte d’Ivoire

Blé

 Le titre est certes caricatural. La problématique de la réconciliation en Côte d’Ivoire transcende la seule personne de Charles Blé Goudé et se présente comme un phénomène multifacette. Cependant, l’ancien ministre de la jeunesse, homme fort des jeunes patriotes, est un symbole fort de l’opposition. Son sort est suspendu comme une Épée de Damocles au dessus de la tête des dirigeants. Le moindre faux pas peut être déterminant pour la stabilité du gouvernement et la sécurité du pays. Le gouvernement est fortement déficitaire en terme de légitimité dans cette frange de la population qui conteste les résultats de l’élection présidentielle de 2010. Le 13 janvier dernier, les autorités ivoiriennes ont réclamées un délai de trois mois avant de statuer en faveur ou non de la remise de Blé Goudé à la Cour international. Pourquoi une telle hésitation?

Tout d’abord, la CPI joue sa crédibilité sur le dossier ivoirien. Non seulement soupçonnée de s’acharner sur les cas africains, elle est également accusée de procéder à une justice des vainqueurs. Rappelons que Laurent Gbagbo a été tranféré à la Haye depuis maintenant deux ans, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité en raison de son rôle présumé dans les affrontements suivants l’élection présidentielle de 2010. Les poursuites menées contre Simone Gbagbo (femme de l’ex-président) et Blé Goudé soulèvent le doute sur  l’impartialité de la Cour internationale. Qu’advient-il des membres du parti au pouvoir également impliqués dans les actes de violences de 2010-2011? On peut imaginer que cette question soulève des inquiétudes dans le camp Ouattara. Le refus du transfèrement de Blé Goudé à la CPI serait une stratégie du gouvernement pour détourner l’attention de la Cour sur de potentielles inquisitions en son sein.

Au delà de la CPI, c’est la société ivoirienne qui est suspendue aux lèvres du gouvernement, comme si chacune de ses décisions trace l’Histoire du pays. Les chemins de sortie de crise sont nombreux, mais ils ne font pas l’unanimité. Les concepts de vérité et réconcialition peuvent sembler antinomiques. Les uns font primer la vérité sur la réconciliation, concédant la cohésion du pays aux mains de l’appareil judiciaire. Les autres, partisans de la réconciliation préconisent un retour à zéro, une sorte d’amnésie et d’amnistie nationale. Ainsi, quelque soit la décision du Gouvernement, elle sera favorablement reçue par les uns et rejetée en bloc par les autres. Telle une ligne de fracture, ligne de front qui semble s’installer au coeur de la société ivoirienne.

Une solution médiane, conciliante de l’espérance des deux parties, semble se dessiner. Un processus judiciaire interne est en cours, afin décider si la justice ivoirienne est apte a juger Charles Blé Goudé. D’ici là, c’est au gouvernement de prouver aux ivoiriens sa volonté de sortir de ce climat polarisé entre pro et anti Gbagbo. La croyance aux institutions, la confiance en la compétence et l’impartialité de la justice sont des conditions sine qua non à la réussite du processus transitionnel en Côte d’Ivoire. Car la voix de la réconciliation est minée par la persistance de rancoeurs, de sentiments d’injustice et d’impunités au sein de la société.

Aïssatou Dosso

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