Minute … l’Afrique n’est pas pauvre ?

Minute, l’Afrique n’est pas pauvre ? Comment ça ? La télévision, les jounaux, les Présidents occidentaux (et africains), les ONG, enfin, le monde entier, nous répètent, nous montrent sans arrêt que l’Afrique est le le continent damné, le continent pauvre d’une pauvreté irrattrapable.
Dans l’inconscient global, de l’occidentale, de l’asiatique tout comme de l’africaine elle-même et de l’africain lui-même, le continent noir ne l’est pas seulement du coloris de ses habitant.e.s, mais il est aussi noir du néant, du rien … de la pauvreté. Comme le chantait Johnny Hallyday «Le noir c’est noir il n’y a plus d’espoir».
Mais voilà que le rapport publié par l’ONG Global Justice International, le Honest Account : How the world profits from Africa’s wealth, (Compte honnête : comment le monde profite des richesses de l’Afrique) vient bousculer nos certitudes.
Fort d’une longue et rigoureuse investigation, le rapport ayant pour objectif de comprendre l’incompréhensible pauvreté et paupérisation d’un continent si riche en terme de ressources naturelles, écologiques, humaines, et même financière, démontre qu’il ne s’agit là que d’une usurpation avec complicité, souvent même coaction.

Africa is rich : Changer la narrative de la pauvreté à travers des faits.

Les trouvailles sont frappantes, tant elle détonnent avec les discours tantôt misérabilisant, et donc décourageant. Tantôt révoltant, mais tout aussi paralysant. Tantôt candide/utopiste – de croissance fulgurante et d’eldorado – et alors incohérent.

We found that the countries of Africa are collectively net creditors to the rest of the world, to the tune of $41.3 billion in 2015.1 Thus much more wealth is leaving the world’s most impoverished continent than is entering it.

  1. Les compagnies étrangères s’emparent du profit généré par les richesses naturelles du continent : En effet, l’Afrique serai plus spolier que mendiante. Le rapport prend l’exemple des compagnies de l’industrie minière présente à la London Stock Exchange, dont 101 contrôlent des ressources équivalent à $1.05 billion, dans seulement cinq domaines (pétrole, or, gaz, charbon et platinite). En comparaison le PIB de la Côte d’Ivoire était de $36.16 milliards, celui de l’Érythrée de $2,608milliards et celui du Niger de $7.509milliards (2016). Une année plus tard, la situation n’est pas sur la voie de l’amélioration. Ainsi, en janvier 2018, parallèlement au Forum Économique Mondiale tenu à Davos, l’ONG Oxfam publiait son Rapport Reward Work, Not Wealth qui responsabilisait les pays occidentaux face à la nécessité d’actions plus concrètes et légales vis-a-vis des paradis fiscaux qui creusent les inégalités. Ainsi le rapport informe la lectrice et le lecteur, que :
  • In Nigeria, the richest man earns enough interest on his wealth in one year to lift two million people out of extreme poverty. Despite almost a decade of robust economic growth in Nigeria, poverty has increased over the same period.
  • Last year saw the biggest increase in the number of billionaires in history, one more every two days. There are now 2,043 dollar billionaires worldwide. Nine out of 10 are men.
  • The richest 1% continue to own more wealth than the whole of the rest of humanity.
2. La complicité des dirigeants des pays-paradis fiscaux et des pays occidentaux dans le vole des richesses africaines
«Africa’s people are effectively robbed of wealth by a process that enables a tiny minority of Africans to get rich by allowing wealth to flow out of Africa
Ainsi, pas moins de £263 milliards appartenant à l’élite africaine se retrouvent off-shore, dont au moins £15 milliards dans des paradis fiscaux, en 2011 seulement (estimation conservatrice). Celui qui aide a voler, n’est-il pas lui-même un voleur, ou a minima complice?

Riche mais paupériser : l’Afrique bien plus pauvre

Les chiffres communiqués par la Banque Mondiale, dressent un portrait déjà triste, mais enjolivant de la pauvreté sur le continent. La pauvreté réelle excède largement le 388 millions de personnes vivant dans une situation de pauvreté annoncé. En effet, des estimations plus justes voit le nombres d’africaines et africains vivant sous le seuil de pauvreté à la hausse, soit 800 millions (82%) en 2011 d’après les chiffres de la Banque Africaine de Développement (BAD). Cela dit, la conclusion est équivoque. Autant l’estimé conservateur et optimiste de la Banque Mondiale que celui jugé plus réel de la BAD témoigne d’un accroissement alarmant de la pauvreté en quelques décennies.

The fact that African poverty is this overwhelming – and rising – shows the urgency with which the system of extracting wealth from Africa must be reversed.

Urgences de l’actions :

L’article énonce neuf points – les neuf commandements – pour que l’Afrique puisse réellement profiter de sa richesse tout en changeant la narrative de pauvreté :
  1. Promotion d’un modèle économique débouchant sur une croissance inclusive
  2. Reconfiguration/repenser l’«aide» comme une réparation, au moins pour l’extraction des richesses de l’Afrique : Ainsi, la main qui donne sous forme d’«aide» reprend bien plus sous forme de mouvements de capitaux, de ressources, de dividendes, d’évasion fiscale, de dettes.
  3. L’«aide» transformer en mécanisme de changement : Sortir de ce à quoi Dambisa Moyo se réfère comme étant le Dead Aid, pour entrer dans l’ère du aide capacitante. «The figures show that the rest of the world is profiting from the continent’s wealth – more so than most African citizens. Yet rich country governments simply tell their publics that their aid programmes are helping Africa. This is a distraction, and misleading.»
  4. Mettre fin ou améliorer les contrats signés avec les multinationales détenants des filiales dans des paradis fiscaux
  5. Permettre des prêts transparents et responsables : les bailleurs de fonds internationaux bâillonnent les états africains avec des prêts désavantageux et accroissant exponentiellement l’endettement.
  6. L’arrêt des investissements ou de l’espoir des pays africains en le secteur extractif : il faut donc se tourner vers les énergies renouvelables et débuter en imposant convenablement l’industrie extractive dont les activités ont un impact démesuré sur le continent.
  7. Des compensations des gouvernements non-africains (occidentaux et chinois) pour l’adaptation aux changements climatiques auquel fait et devra faire face l’Afrique; tout en prenant des mesures dans leurs pays afin de cesser l’addiction aux énergies fossiles : bien que l’Afrique ne participe que très peu au réchauffement planétaire, elle subit de manière disporpotionnée ses effets (sécheresses, inondations, famines, perte de biodiversité, etc).
  8. Les gouvernements africains doivent insister afin que les compagnies internationales opérants sur leurs territoires détiennent des politiques de contenu local (LC policy) accrues et améliorées : Il ne s’agit pas d’exploiter uniquement les ressources, mais de s’assurer de l’emploi et de la formation d’un quota de main-d’oeuvre locale, de transfert des connaissances, d’investissements locales, de responsabilités sociétale et environnementale de l’entreprise.
  9. Les médias ainsi que les ONG doivent cesser d’affirmer fallacieusement que les pays occidentaux jouent un rôle positif ou de leadership dans le développement international : La société civile et les médias occidentaux ont une responsabilité dans la lutte contre les inégalités produites par les multinationales occidentales. Ils doivent donc faire des plaidoyer auprès des actrices et acteurs politiques afin que soit adopté des lois et règlements plus contraignantes en matière d’évasion fiscale et de lutte contre les inégalités globales.
Pour aller plus loin :
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