Journée contre les violences faites aux femmes: premier procès pour mariage précoce en Côte d’Ivoire

Le 25 novembre a été choisi pour symboliser la lutte contre les violences faites aux femmes. Certes insuffisante, elle permet de marquer sur l’agenda international, un drame persistant dans nos sociétés, celui des violences et discriminations que subissent les femmes dans leur quotidien. Viols, agressions sexuels, agressions physiques, harcèlement sexuel, mariage précoce et forcé, les violences envers les femmes prennent de multiples formes. Malgré les instruments juridiques de protection des droits des femmes, l’action collective des organisations internationales, non gouvernementales et communautaires ces violences persistent et produisent de nombreuses victimes. Les chiffres sont effrayants et révèlent brutalement les différentes atteintes à la dignité dont elles font l’objet. Entre 100 et 140 millions de jeunes filles et femmes ont subis des mutilations génitales, une femme sur trois dans le monde est victime de violences physiques ou sexuelles, 4,5 millions de personnes sont victimes d’exploitation sexuelle dont 98% sont des filles et des femmes.

En Côte d’Ivoire, un événement récent, qui retenti particulièrement en cette journée spéciale, redonne espoir dans cette longue lutte contre les violences à l’égard des femmes. À la fin du mois d’octobre, le premier procès pour mariage précoce a eu lieu en Côte d’Ivoire, au tribunal de première instance de Bouaké. Une jeune fille de 11 ans,  promise a son cousin âgé de 27 ans devient le symbole du réveil des institutions publiques face à un phénomène jusque là confiné dans le silence. L’intervention de Jékawili (ONG locale signifiant solidarité en malinké) combinée à celle de la direction de l’établissement scolaire qu’elle fréquente a permis de prévenir le mariage et de jugé le père pour «union précoce et forcée». Un cas qui crée un précédent judiciaire dans un pays où 12% des filles de moins de 15 ans et 36% des filles de moins de 18 ans sont mariées. Le parquet qui a requis un an de prison ferme et une amende de 360 000 fcfa au père tente de lancer un message fort, celui de la lutte contre l’impunité. Cette décision marque ainsi le début de la criminalisation effective de ce genre de pratique, qui malgré la législation continue d’exister.

Pourtant, la législation ivoirienne est claire en ce sens qu’elle conditionne la contraction du mariage (selon la loi sur le mariage de 1983) a un âge minimum de 18 ans pour les femmes et 21 ans pour les hommes. Une législation qui est très souvent contournée par le recours aux mariages coutumiers et traditionnels.

Les raisons avancées pour justifié ce type de pratiques sont multiples:

  • Les causes d’honneur et traditionnelles: Le mariage est considéré comme un moyen préventif aux grossesses hors mariage, source de déshonneur et d’opprobre pour la famille.
  • Les raisons financières et économiques: la précarité financière des familles conduisent à la monétarisation des jeunes filles dont la dot scelle le transfert de leur responsabilité des mains des parents a celle du mari.

Or, il faut constater que de telles pratiques posent de graves conséquences sur la vie des jeunes filles. En effet, les conséquences directes sont de diverses ordres. D’une part il y a les violences physiques et sexuelles telles les grossesses précoces ou forcées, les violences conjugales. D’autre part ces situations plongent ces jeunes filles dans des conditions de vies particulièrement vulnérables et précaires. La déscolarisation qui suit ces mariages conduit à une dépendance économique destructrice.

Cette situation, loin d’être isolée est fréquente en Côte d’Ivoire mais également sur l’ensemble de la région. L’action de la société civile porte publiquement la voix de celles qui restent encore aujourd’hui en marge du droit. Les États concernés doivent prendre des mesures de contrôle plus strictes pour empêcher la réalisation de telles situations. Car l’adoption des lois qui reconnaissent l’égalité formelle des sexes sont vaines si des actions concrètes ne sont pas menées en amont (dans les communautés, dans les établissements scolaires).

Aïssatou Dosso

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