Jeudi noir au Burkina Faso

S’imposer par la force et quitter le pouvoir par la force. Cette maxime se vérifie dans nombre de cas africains et les événements au Burkina Faso le confirment encore une fois aujourd’hui. Suite à 27 ans de pouvoir, Blaise Compaoré a tenté de s’imposer au peuple par la voix législative. Après une année de saga politique, longue en rebondissement, au cours de laquelle les doutes sur la modification de la constitution planait, le Président Blaise a saisi le parlement dans le but de briguer un cinquième mandat. La forte mobilisation du peuple burkinabé est a son apogée aujourd’hui 30 octobre, journée de l’examen de la modification de l’article 37 de la constitution par l’Assemblée nationale. Ce vote n’aura pas lieu dans les circonstances actuelles puisque le parlement a été pris d’assaut par les manifestants. Le doute règne dans le pays. Aucune décision n’a été prise par le parlement et aucune déclaration n’a été faire par le Président. Un constat alarmant de devoir user de la violence pour faire valoir ses droits face a un pouvoir qui refuse d’obtempérer et tente désespérément de se maintenir en charge du pays.

Le jeudi noir

Simple coincidence ou mauvais karma? Il y a 27 ans presque jour pour jour, Blaise Compaoré prenait le pouvoir suite à un coup d’État sanglant. Le jeudi noir 15 octobre 1987, le Burkina perdait un grand homme, Thomas Sankara (voir article précédent: Discours du 4 août 1984 de Thomas Sankara ) et découvrait un nouveau chef d’État, Blaise Compaoré. C’est donc dans ces circonstances chaotiques qu’accédait au pouvoir celui que les jeunes burkinabés connaissent comme étant l’unique président du pays. Le jeudi noir 30 octobre 2014 signe la fin de l’homme, à la fois contesté et protecteur.

Les mandats de Compaoré ne sont pas hors de critiques. L’apparente démocratisation du pays fait suite au fameux discours de la Baule, allocution donnée par François Mitterand. L’instutition France-Afrique était a son apogée lorsque Mitterand conditionnait désormais l’aide internationale de la France accordée aux pays d’Afrique noire a un impératif de démocratisation. S’en suit alors une modification de la constitution qui instaure le multipartisme ainsi que le suffrage universel direct. Face a des élections fortement boycottés par les partis de l’opposition et dont il est le candidat unique (taux de participation de 25%), Blaise Compaoré est élu Président pour la première fois pour un mandat de sept ans.

Modification de l’article 37 de la constitution

Multi-récidiviste après déjà deux modifications au compteur (en 1997 et en 2000), les manifestations qui ont pris place dans la capitale visaient a empêcher la modification du fameux article 37 de la constitution burkinabé.

Article 37: Le Président du Faso est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il
est rééligible une fois.  

La loi fondamentale du pays stipule clairement une limite de deux mandants aux élections présidentielles. C’est donc par cette même voix qu’il faut justifier sa candidature. Compaoré avait donc prévu saisir le parlement en vue d’une modification de cet article. La formule étant que: si trois quart des députés planchaient en faveur de la modification, alors la candidature était acceptée. Dans le cas contraire, un référendum serait organisé pour prendre le pouls de la population. Or, avec la mobilisation massive dans les rues de Ouagadougou, tout portait a croire qu’un référendum aurait fait triompher le non.

Après Blaise: la tourmente après le calme?

Les partisans du maintien de Blaise Compaoré à la tête du pays posent la question de la succession. Objectant que le régime s’est caractérisé par une stabilité politique et économique sans précédent durant ces 27 années de pouvoirs.  Cependant, la paix et la stabilité ne constituent pas  une menace au Burkina et ne peut constituer la justification d’un maintien au pouvoir. L’échec du régime Compaoré se mesure précisément a ce niveau. La confiance du peuple doit être tournée vers les institutions de la République et non dans l’unique personne qu’il représente. Infantiliser le peuple en se présentant comme protecteur est une méthode archaïque, vestige d’une époque coloniale. Le Burkina Faso détient les ressources humaines nécessaire pour diriger le pays dans le respect des droits et libertés de chacun. Le néo-patrimonialisme qu’instaure les pouvoirs qui dépassent les limites constitutionnelles ne mènent qu’a une lutte effrénée pour la succession. C’était le cas en Côte d’Ivoire qui après 33 années de stabilité politique et économique avec le gouvernement Houphouët plongeait dans 10 années de crise sans précédent. Qui est le digne successeur? Une telle question n’a pas sa place dans une démocratie.

Le Burkina Faso est remarquable pour son pacifisme et sa stabilité. Son histoire est riche en enseignement pour la région en constituant un véritable laboratoire scientifique.

Après avoir attenter maintes fois aux droit de son peuple, la chute longtemps différée de Blaise Compaoré est enfin arrivée. Triste conclusion d’un chapitre de 27 ans de l’histoire du Burkina Faso.

Aissatou Dosso

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