Le 27e sommet de l’Union Africaine: re-naissance du projet panafricain

Le projet d’intégration africaine est inscrit dans l’adn des États post-indépendants. Les pères fondateurs de nos nations se divisaient en deux camps : d’une part, les panafricanistes tenus par Kwame N’Krumah, Sekou Toure et Modibo Keita et d’autre part, les souverainistes dont Leopold Sedar Shenghor et Houphouet-Boigny. Les uns prônaient une ligne dure, une intégration africaine, sous forme d’Union ou de Super-État où l’Afrique serait unie et prête à répondre aux problématiques spécifiques du continent. Celles liées à la colonisation, au traçage arbitraire des frontières et au pillage des ressources qui constituent un frein au développement de nos sociétés. Les autres, la ligne molle, sont les tenants d’une coopération entre États souverains, chacun conservant leurs pouvoirs décisionnels et d’auto-détermination.

Le 25 mai 1963 a Addis Abeba, c’est la ligne molle qui l’emporte par la création d’une Organisation de l’Union Africaine (OUA devenu UA en 2002 à Durban). Le combat pour l’éradication du néo-colonialisme et ses effets laisse donc place à de nouveaux objectifs liés à la promotion de la démocratie, de la paix et du respect des droits de l’Homme.

L’Union africaine : quelle gestion des frontières ?

La semaine  dernière se tenait à Kigali le 27e sommet de l’UA où plusieurs dossiers chauds devaient être discutés. Il y a les enjeux spécifiques au continent dont les tensions au Sud-Soudan et au nord du Mali qui font renaitre les vieux démons de l’intégration africaine. Avec la victoire de la ligne molle, ce sont les principes d’intangibilité des frontières  – principe sous-tendant le respect des frontières héritées de la colonisation – et de souveraineté absolue des États qui se sont positionnés en toile de fond d’une coopération étatique. Or, bien que nos sociétés se soient constituées en États-nation, cette nouvelle donne géopolitique renferme des populations qui apprennent à vivre ensemble. Des groupes ethnoculturels, des civilisations entières sont dispersés dans des territoires sans cohérence avec leurs cultures, leurs traditions et leurs modes d’administration de pouvoir. La composition hétérogène de ces États entre majorité et minorité ethniques cause les tensions socio-politique que nous connaissons. C’est le cas au Soudan, où les crises militaire et humanitaire successives ont mené irrévocablement à la création d’un Sud-Soudanais après une victoire écrasante du  » oui  » au référendum sur l’indépendance en janvier 2011. En 2012, c’est le Mali qui se retrouve dans un scénario similaire, avec la proclamation de l’indépendance du Nord par les leaders mouvement de libération de l’Azawad. En 2013, éclate la « Troisième guerre civile centrafricaine » opposant les milices de la Seleka, majoritairement musulman et les anti-balaka, chrétiens et animistes, on parle alors de situation « pré-génocidaire ». Au sein de démocraties en construction, l’intégration des minorités ethniques dans les sphères de décision et dans l’identité nationale est un processus de longue haleine. Ces populations, souvent excentrées de la capitale et des grandes villes, dans des régions entièrement délaissées par l’administration publique ont un sentiment d’appartenance communautaire qui prime sur l’identité national.

La gestion des frontières au niveau panafricain constitue le socle de la géopolitique africaine. L’intégration africaine doit se faire par étapes, comme l’ont recommandé plusieurs pères fondateurs, d’abord par l’éradication des frontières entre les communautés régionales. Ces dernières constituent de véritables instruments d’unification et de pacification puisqu’ils réunissent des États qui partagent des patrimoines religieux et culturels similaires et un même héritage colonial.  

Le passeport africain : re-naissance du panafricanisme ?

Les plus sceptiques d’entre nous se questionnent sur les possibilités d’une identité panafricaine. Car en effet, si au sein même des États des conflits ethno-culturelles subsistent, comment l’intégration africaine peut-elle constituer un projet viable ? Comment, à l’heure où l’intégration européenne bats des ailes, l’UA peut-elle se révéler être plus qu’un décalque bancale de l’UE ?

Bien que le passeport bleu (passeport de l’UA) ait fait son entrée lors de ce 27e sommet, les bases de l’intégration restent précaires. La libre-circulation que suppose ce passeport reste difficilement réalisable. En effet, l’avancée des groupes terroristes, Boko Haram, AQMI et les Shebabs dans des territoires hors contrôle étatique est un véritable enjeu pour l’Union. La porosité des frontières, les problèmes de sécheresse, la pauvreté et les faibles taux de scolarisation dans ces régions ont favorisé l’expansion de ces groupes. Face à une telle ampleur, l’Union africain a démontré ses faiblesses institutionnelles. La coopération sur le plan sécuritaire est encore à consolider pour répondre aux impératifs de paix à l’échelle des pays. Le Soudan, le Mali, le Burundi, la RDC, la Somalie restent aux prises avec des conflits armés dont la résolution est laissée aux mains des organisations internationales. Ce n’est qu’en 2015 que l’UA se dote d’une force armée appelée la force régionale d’intervention dont la contribution à la résolution des conflits reste encore à désirer.

La lenteur de la mise en oeuvre de l’intégration témoigne du manque de volonté politique. La capacité institutionnelle et décisionnelle est entièrement tributaire de la volonté des États, qui demeurent plus préoccupés par la conservation de pouvoir que par son exercice véritable, par la mise en place de politique responsables et durables.

Ainsi, le projet panafricain ou l’espoir d’une Union stable et prospère repose dans les mains de la jeunesse. C’est eux qui pourront véritablement s’imprégner des valeurs de l’Union, les alimenter et les porter jusqu’à la consécration d’une intégration politique, économique, sociale et culturelle. À l’instar de la génération erasmus, celle qui s’est former à l’échelle européenne grâce aux programmes d’échanges inter-universitaire, à la reconnaissance des diplômes et au passeport de l’Union Européenne. Cette génération consolide l’intégration économique et politique puisqu’elle permet le brassage culturel. Les bébés erasmus, comme on les appelle, naissent de ces programmes universitaires. « Un jeune Catalan rencontre une jeune Flamande, ils tombent amoureux, se marient – et ils deviennent européens, tout comme leurs enfants », c’est ce qu’écrit Umberto Eco, un écrivain italien au sujet de sa propre histoire de couple.  On estime à un million le nombre de bébé erasmus nés de ces programmes. L’UE est née de l’ambition d’en finir avec les guerres qui rongeaient l’Europe, et aujourd’hui, malgré les difficultés économiques du continent, c’est grâce aux jeunes générations que l’Union se perpétue.

L’introduction du passeport africain sonne peut-être le glas d’une nouvelle donne. Il redonne certainement un second souffle aux rêve panafricaniste. Les premiers exemplaires de ce document de citoyenneté africaine sont donnés aux chefs d’État. Les populations vont devoir attendre d’ici à 2025 pour enfin voire véritablement réalisée. Bien que les décisions sont prises par les instances gouvernementales, c’est aux populations que reviennent la construction de cette identité.

 

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